Détour(s) d'Australie

Haere.net

Retrouvez nos aventures sur hære.net

Topoguides de randonnée en Australie et Nouvelle-Zélande, livres et récits de voyages

Un petit (long) détour dans les West Mac Donnell Ranges — partie 1, un peu de repos avant de conquérir le Larapinta Trail

Alice Springs est une ville vraiment étrange et fascinante. C’est la plus grande ville d’Australie centrale mais n’a que 28.000 habitants. Pourtant quand on rejoint la route qui mène de l’aéroport au centre ville on est tout de suite dans le bain d’une grande ville et de son flux incessant de camions, taxis et autres véhicules à moteur. Alors qu’il y a quinze minutes on était encore sur la Stuart Highway à ne voir qu’un véhicule toutes les 10 minutes, c’est ici un véritable convoi qui s’anime. Mais d’où viennent-ils tous comme ça ? Et pourquoi sont-ils tous si pressés ?

Et c’est vrai qu’une fois en ville on se demande d’où peuvent bien venir toutes ces voitures, alors que la ville ne fait qu’une dizaine de kilomètres de large, la rendant idéale pour le déplacement à vélo. Malgré les axes routiers et les embouteillages, la ville nous plaît beaucoup, perdue au milieu de la chaîne de montagne des West Mac Donnell Ranges, surplombée de plusieurs collines, elle est franchement l’un des plus beaux lieux d’Australie. Et le soir ou le matin, quand le soleil éclaire de rouge et de rose les crêtes des montagnes tout autour de la ville c’est difficile de ne pas tomber amoureux de cet endroit singulier : une ville de montagne à 500 mètres d’altitude, au milieu d’un désert, traversée par un immense fleuve de sable, et qui passe la moitié de l’année au dessus de 32°C.

On profite donc d’Alice Springs pendant quelques jours, hébergés chez Steve et Jayne, qui ont la gentillesse de nous accueillir et de nous laisser nous reposer après ces deux mois et demi de vélo. Ils accueillent aussi Joel et Ziggy pour une nuit, qui finissent un tour du monde à vélo commencé en Allemagne et qui descendent de Darwin à Adelaide en une vingtaine de jours seulement. On se demande bien comment ils font autant de distance, surtout que bon si on trouvait qu’on était chargés, on a réalisé que nous ne sommes pas les seuls. Leurs vélos sont en effet chargés d’affaires et de bordel qui dépassent dans tous les sens, jusqu’à former une montagne plus haute qu’eux !

Je profite du temps de repos pour faire un peu d’entretien sur les vélos : commande de nouvelles chaînes sur eBay, nettoyage et re-graissage de mes pédales, changement d’un câble de dérailleur cassé et d’une gaine de dérailleur dont il ne restait plus grand chose à force d’être usée par les frottements des sacoches.

Nous quittons ensuite Steve et Jayne à leurs préparatifs de voyage car ils vont bientôt partir faire quelques semaines à vélo en Allemagne sur l’EuroVélo 6. Et nous, nous allons dans les West Mac Donnell Ranges. Mais comme on n’est pas encore complètement reposés et qu’on attend toujours la livraison des nouvelles chaînes on ne va pas très loin, on s’installe quelques jours à Wallaby Gap, le premier camping du Larapinta Trail, ce sentier de randonnée de 223 kilomètres.

Ah, les aménagements des pistes cyclables, on dirait qu’ils ont été spécialement conçus pour empêcher les vélos de passer !

Pour y aller il faut parcourir une piste cyclable d’une quinzaine de kilomètres qui emmène d’Alice Sprins à Simpsons Gap, mais on ne fera que quatre ou cinq kilomètres avant de prendre une piste 4x4 de deux kilomètres pour Wallaby Gap. Nous qui pensions être un peu tranquilles en arrivant, on découvre un 4x4 garé au milieu du camping (normalement accessible uniquement aux marcheurs et vélos). C’est une compagnie privée qui organise des randonnées sur le Larapinta Trail. Ce qui veut dire que les heureux marcheurs ne portent qu’un petit sac à la journée, et chaque soir retrouvent le 4x4 qui leur amène leur swag (matelas de camping), leurs affaires, avec le guide qui leur prépare à manger. Le tout pour la modeste somme de 4.600$ pour seize jours de marche quand même, soit près de 300$ par jour. Pour ce prix-là je m’attendrais au moins à ce que le guide installe une piscine gonflable et fasse des massages à la fin de la journée mais il semble que non.

Bon du coup pour la tranquillité c’est un peu râpé, la moitié de ces randonneurs au petit sac mais au gros budget ronflent aussi fort qu’un marteau-piqueur. Pendant que j’installe les bouchons de mousse dans mes oreilles je pense à l’idée d’organiser aussi ce genre de randonnée-pantoufles : avec huit marcheurs par groupe, deux groupes par mois, cinq mois par an ça fait quand même pas loin de 400.000$ juste pour conduire un 4x4, faire à manger et randonner. Ça semble rentable comme business-plan en tout cas.

Le lendemain sera occupé à aller se balader un peu jusqu’à Euro Ridge, une crête qui surplombe le camping et permet d’avoir de chouettes vues sur Alice Springs et les chaînes de montagne tout autour. Il faut dire que les paysages sont à couper le souffle, absolument sublimes, et franchement c’est difficile de se lasser quand on voit ça !

Alice Springs depuis Euro Ridge, avec le col de Heavitree Gap au fond

Comme on a vu les vélos de Joel et Ziggy surchargés, on s’est dit qu’on devait faire pareil du coup hier on est venus avec des tonnes de bordel, de la bouffe au large, incluant une pastèque, et même un matelas en mousse en plus pour essayer d’améliorer mes conditions de sommeil. On passe donc le reste de la journée à se reposer et à manger pour réduire notre chargement de bouffe. Plusieurs groupes organisés traversent le camping dans la journée mais ceux-là vont dormir un peu plus loin dans un autre camping, et le soir nous sommes enfin au calme, au milieu des montagnes, en entendant les animaux déambuler autour dans la nuit. Ce qui rend d’autant plus intriguant ce léger fond sonore venu de la ville de bruits de voitures, klaxons, sirènes et même le train.

Le lendemain sera encore un jour de repos, car on n’en a jamais assez ! On reprend les vélos pour retracer les deux kilomètres de la piste 4x4 jusqu’à rejoindre la piste cyclable et s’installer sur un espace picnic au bord de la piste. Pendant qu’Anne reste là à roupiller je retourne en ville, sans mes sacoches, à quinze kilomètres de là, pour ramener toujours encore plus de bouffe et aller chercher les chaînes à la poste. Mais à la poste point de chaînes, pas encore arrivées, dommage. Pour me rattraper je prends des pizzas, des donuts à la cannelle, du cidre, etc. Je passe aussi à la bibliothèque mais le WiFi est hors de prix : $8 pour 55 minutes !

Je me rends à l’office de tourisme pour avoir des infos sur les pistes d’accès aux prochaines étapes du Larapinta Trail qu’on veut rejoindre en vélo, et notamment la piste pour Birthday Waterhole. Là un mec hautain avec des dreads dans les cheveux me dit que c’est impossible de faire la piste 4x4 en vélo, surtout avec des vélos de randonnée, qu’on devra porter les vélos, que c’est complètement con, qu’on ferait mieux de louer un 4x4, et qu’on va gâcher nos vacances. Quand je lui dis qu’on a déjà fait des pistes 4x4, VTT et l’Oodnadatta Track il me répond d’un air méprisant que l’Oodnadatta c’est rien c’est super facile et autres conneries. Et il refuse catégoriquement de me décrire la piste, s’il y a beaucoup de sable ou pas. Bref un sacré con.

Je quitte ensuite la ville pour rejoindre Anne mais ne manque pas de m’arrêter dans la dernière supérette sur le chemin pour prendre des glaces. Je dois ensuite pédaler comme un taré sur sept kilomètres pour qu’elles ne fondent pas avant que j’arrive !

L’endroit où l’on plante la tente à côté de la table de picnic est plutôt chouette, et personne ne passe ici la nuit. De plus juste à côté il y a un petit promontoire rocheux qui permet d’avoir de superbes vues au coucher de soleil. J’aime vraiment, vraiment beaucoup cet endroit !