Détour(s) d'Australie https://detours.journalintime.com/ fr 2016-06-02T14:10:39+02:00 https://detours.journalintime.com/Un-detour-dans-les-West-Mac-Donnell-Ranges-Partie-5-Brinkley-Blu Un détour dans les West Mac Donnell Ranges – Partie 5 : Brinkley Bluff, Serpentine Gorge et Ochre Pits La nuit passée au sommet de Brinkley Bluff n'a pas été de tout repos. Malgré le somnifère, le vent qui frappait les parois de la tente, faisant claquer la toile comme un tambour frappé d'arythmie, m'a empêché de dormir une partie de la nuit. Heureusement les bouchons d'oreille finissent par aider et gagner quelques heures de sommeil. Le réveil à 6h du matin nous sort de la tente pour admirer le lever de soleil. Nous aussi on a voulu voir ce que donnait le lever de soleil, il doit bien y avoir une raison pour laquelle tous ces randonneurs se lèvent au milieu de la nuit pour faire

La nuit passée au sommet de Brinkley Bluff n’a pas été de tout repos. Malgré le somnifère, le vent qui frappait les parois de la tente, faisant claquer la toile comme un tambour frappé d’arythmie, m’a empêché de dormir une partie de la nuit. Heureusement les bouchons d’oreille finissent par aider et gagner quelques heures de sommeil. Le réveil à 6h du matin nous sort de la tente pour admirer le lever de soleil. Nous aussi on a voulu voir ce que donnait le lever de soleil, il doit bien y avoir une raison pour laquelle tous ces randonneurs se lèvent au milieu de la nuit pour faire l’ascension d’une montagne dans le noir et assister aux premières lueurs du jour du sommet.

Bon nous on n’a pas trouvé la raison ce matin-là : il faisait froid, le vent était glacial, et le paysage était plus beau au coucher du soleil. On retourne donc dormir jusqu’à 9h30, profitant de l’accalmie du vent pour sombrer dans le sommeil.

Le petit déjeuner fut frugal, car notre bouteille de gaz a rendu son dernier souffler hier soir. Alors le thé froid le matin bon, pas top. Ne reste plus qu’à redescendre le sentier jusqu’à Birthday Waterhole, chemin inverse de la journée d’hier. On est un peu fatigués de la nuit agitée mais on est quand même aux vélos à 14h. On décide d’avancer un peu sur la piste 4x4 vers la route pour avoir une journée plus tranquille demain, vu qu’il nous reste encore du temps aujourd’hui.

Il fait doux, joli soleil, pas trop chaud, les paysages sont superbes, et je suis content de reprendre un peu le vélo après cinq jours de rando. On plante la tente à la fin de la piste 4x4, à 500 mètres de la route, dans le lit de la Hugh River. Anne prépare du damper bread dans les braises du feu.

Le lendemain nous sommes réveillés par un oiseau dont le chant est le même que la sonnerie d’un ancien téléphone portable quand il reçoit un SMS. Ces bip-bip incessants ressemblent tellement à un réveil qu’ils nous forcent à nous lever. Qui eut crut que nous puissions subir un réveil matin au milieu du bush australien ?

On essaye tant bien que mal d’arranger nos sacoches pour que le passage du mode vélo au mode rando soit plus facile, enfin au moins qu’on n’ait plus à tout ré-arranger à chaque fois, mais je crois que c’est peine perdue, car tout change en fonction du niveau de nourriture qui baisse.

Le vent nous pousse dans le dos, le temps est agréable, et nous parcourons 22 kilomètres rapidement jusqu’à rejoindre une aire de repos au bord de la route, où nous pouvons enfin nous débarrasser de nos poubelles, accumulées depuis presque une semaine car aucune poubelle dans le parc national. Dix kilomètres plus loin nous arrivons à Ellery Creek Big Hole, après deux kilomètres de piste tape-cul défoncée par les bagnoles, horrible, la piste 4x4 de Birthday Waterhole était bien mieux ! Les bords de la route d’accès sont dégueulasses : déchets partout, morceaux de bagnoles, on a du mal à croire que nous sommes à nouveau dans le parc national. On déjeune à l’aire de pique-nique à côté du camping. Le lieu est très touristique, et les touristes se succèdent à une cadence infernale. La plupart ne font qu’un aller-retour de deux minutes jusqu’au bord du trou d’eau, mais certains ne sortent même pas de leur voiture. Nous sommes à presque 100 km d’Alice Springs. Quel intérêt de venir jusqu’ici si c’est pour rester dans la bagnole et ne même pas venir voir les points d’intérêt ?

On assiste encore une fois impuissants à la bêtise des français de passage qui viennent jusqu’ici et décident de repartir aussi sec pour pouvoir acheter des chips au supermarché à Alice Springs avant qu’il ne ferme. Peut-être que les autres touristes disent aussi des trucs très cons mais alors on ne doit pas comprendre, je ne sais pas.

On va ensuite se tremper très rapidement dans le trou d’eau, car l’eau est atrocement froide malgré la température extérieure qui dépasse 30°C. Juste le temps de se mouiller et de rincer un peu la poussière accumulée depuis deux semaines sans douche, et de sentir tous ses muscles se mettre à convulser frénétiquement contre le froid, et hop dehors, les pieds dans le sable chaud.

Il ne reste plus que onze kilomètres de route et on atteint l’intersection pour Serpentine Gorge, où notre van s’était embourbé dans une grosse flaque d’eau il y a deux ans. Aujourd’hui pas de flaque d’eau, mais un panneau qui indique que la gorge est à 3 km. Et 500 mètres plus loin un second panneau indique la gorge à 5 km. Mais nous arrivons au parking après seulement 1,5 kilomètre. Il faut croire que les auteurs de panneaux routiers sont un peu dyslexiques par ici. Nous continuons sur une piste 4x4 pour 500 mètres jusqu’à rejoindre le camping du Larapinta, où nous rencontrons un marcheur en autonomie, seul, qui trimballe un sac énorme, mais celui-ci n’est pas vide : une tente gigantesque pour quelqu’un tout seul, une chaise pliante (version grande taille) et une table pliante. Et il se plaint d’avoir un sac trop lourd…

Le temps de planter notre tente et il fait déjà sombre. Le camping est envahi de souris, qui grouillent dès qu’on a le dos tourné. Il y en a même une qui saute sur notre tente, pas gênée la bestiole !

Malgré un réveil à 7h30 on ne part en randonnée que vers 10h. Oui nous ne sommes pas très rapides ou efficaces.

On commence par visiter Serpentine Gorge, où un trou d’eau réduit mais glacial permet d’apercevoir un long canyon qui continue plus loin. S’ensuit un aller-retour au point de vue en haut de la gorge qui offre de belles vues. Mais ce n’est pas l’objet de notre visite ici, nous on part explorer la section 8 du Larapinta Trail. Le sentier grimpe lentement en haut de la crête, en plein soleil. Nous buvons quasiment un litre d’eau par heure, heureusement nous avons pris plus de quatre litres pour la journée. Encore une fois les paysages sont magnifiques, et le sentier particulièrement agréable.

Nous profitons d’un petit peu d’ombre sous un arbre pour manger à l’abri, et un peu plus tard nous croisons Jean-Noël, un français qui traverse aussi l’Australie à vélo par les pistes, il est venu par la Great Central Road qui vient du Western Australia jusqu’à Uluru, une piste réputée très difficile. Il veut ensuite faire la Plenty Highway et Birdsville Track, deux autres pistes réputées peu commodes en vélo, et très isolées. Et il a décidé sur un coup de tête de faire le Larapinta en sept jours au lieu d’une quinzaine, en passant à côté comme ça il s’est dit « tiens je vais faire la rando ». Comme quoi on est loin d’être les plus allumés du coin.

On laisse Jean-Noël avec son chronomètre et ses kilomètres à avaler en un temps record. Nous faisons un détour à un point de vue qui permet de voir jusqu’à Tnorala (Gosse Bluff), un cratère de métérorite de plusieurs kilomètres de large qui a formé des collines hautes de plusieurs centaines de mètres. Le sentier descend ensuite le long de marches fabriquées avec les rochers du coin, c’est très bien intégré au paysage, très joli.

Nous suivons de nombreuses marches et traversons une forêt de pins natifs qui offrent une ombre bienvenue et un changement de paysage surprenant. Nous découvrons ensuite des clairières de cailloux étranges et des eucalyptus à l’écorce rouge et aux formes fantomatiques. Superbes arbres, très étonnants, on les dirait doués d’une intelligence supérieure et d’un côté un peu artiste.

Nous arrivons finalement à Serpentine Chalet Dam, camping plutôt spartiate du Larapinta. Le barrage n’est pas très intéressant : un mur de béton au fond de la gorge, construit en 1950 pour retenir l’eau et permettre au chalet touristique situé plus bas de survivre aux étés les plus difficiles. En pratique la réserve n’a jamais été suffisante, l’eau s’évaporait trop vite. Au bout d’une poignée d’années le business a périclité, le chalet détruit, mais le mur en béton est toujours là.

On plante la tente dans le sable, on est crevés avec la chaleur et l’effort, mais ça valait le coup, superbe journée. La nuit est peu reposante pour moi, avec la température qui ne baisse pas, je n’ai pu dormir que par tranches de 30-40 minutes.

Nous reprenons le Larapinta Trail, cette fois sur la section 9 mais nous ne la ferons pas en entier. Après 2,3 km on atteint Inarlanga Pass, où un groupe de lycéens nous dépasse. Ah ces écoliers Australiens qui passent leur vie à faire du vélo, de l’escalade, de la rando ou du kayak !

Le canyon d’Inarlanga est très impressionnant et agréable, rempli de palmiers et de superbes parois rocheuses aux formes rondes et amples.

C’est là que le Larapinta et notre chemin se séparent, car nous prenons Arrernte Walk pour rejoindre Ochre Pits et la route. Il y a deux ans nous avions fait ce sentier sous la pluie et les couleurs étaient sublimes et mémorables. Aujourd’hui je trouve le chemin moins passionnant, mais je ne suis pas sûr que j’aurais préféré reprendre la pluie. Et les vues que l’on a sur Mt Sonder à la fin sont à couper le souffle.

Nous atteignons Ochre Pits et retrouvons les flux touristiques habituels. On se dit que c’est une bonne chose car nous avons prévu de faire du stop pour retourner à Serpentine Gorge et éviter trois heures de marche sur la route. Mais après trois voitures qui nous ignorent et cinq minutes à marcher en bord de route ce ne sont pas des touristes qui s’arrêtent (probablement trop pressés d’aller acheter des chips) mais Rondha et son ami, deux militants aborigènes du peuple Arrernte. Lui enseigne la langue aborigène, l’Aranda, pour lutter contre la disparition progressive de la culture et de la langue (seulement 5.000 locuteurs dans le monde). La langue est désormais obligatoire dans les écoles d’Alice Springs, quelle que soit l’origine des élèves, ce qui devrait aider à sa subsistance. Rondha, elle, s’occupe du territoire du parc national, qui appartient au peuple Arrernte, après avoir été rendu par le gouvernement Australien en échange d’un accord pour que l’endroit reste un parc national géré en collaboration avec le gouvernement du Northern Territory. Elle fait aussi des peintures à Ormiston Gorge. Elle nous raconte rapidement leur combat pour que les lieux reprennent leur nom aborigène et éviter ainsi une disparition de la culture aborigène. On a vu effectivement les panneaux du parc national changer depuis notre dernière venue il y a deux ans : on voit plus de noms aborigènes et le parc s’appelle maintenant « Tjoritja — West Mac Donnell Ranges » même si la plupart des brochures touristiques oublient ce « détail ».

En quelques minutes nous retraçons ce que nous avons mis deux jours à marcher et arrivons à l’intersection pour Serpentine Gorge, où nous laissons nos chauffeurs partir avec un peu de regret de ne pas pouvoir continuer la discussion avec eux plus longtemps.

On retrouve nos vélos après avoir marché sur la piste d’accès à Serpentine Gorge, très caillouteuse et peu intéressante. Pendant que nous mangeons nous entendons des voix, mais pas celle de Jeanne d’Arc, à moins qu’elle ne se soit mise à parler allemand. Ce sont Mike, Pia et Gerd, l’Australien de Canberra et les deux allemands que nous avions croisés à plusieurs reprises sur le Larapinta Trail. Ils font le chemin à leur rythme : ils ont déposé des caches de nourriture à chaque étape, leur permettant de prendre quelques jours, tranquillement, entre chaque étape, sans stresser. Excellente idée je trouve, à laquelle je n’avais pas pensé, je n’avais fait que suivre les conseils du guide officiel qui disait de faire deux ou trois caches, ce que je trouvais un peu stressant car ça fait de longues étapes sans ravitaillement. J’ai donc trouvé comment je ferais quand je reviendrais faire le Larapinta en entier et en autonomie. Car comment refuser maintenant de revenir et faire cette rando en entier quand on y a goûté comme ça ?

Nous parlons beaucoup avec Mike, Pia et Gerd : du rythme des voyages, de leurs voyages précédents et notamment plusieurs semaines en canoë sur la Murray River dans le South Australia. Voilà qui donne également envie ! Pia nous raconte que elle aussi elle a voyagé quand elle était jeune et que tout le monde lui a dit qu’elle devrait plutôt travailler, se fixer, et préparer sa retraite. Aujourd’hui elle n’est pas encore à la retraite mais elle ne regrette pas de n’avoir que rarement travaillé dans sa vie. Une belle philosophie de vie, j’espère être comme elle à son âge, à faire des randos de 200 km en autonomie !

On discute tellement qu’on ne voit pas le temps passer mais il faut quand même repartir et faire 35 kilomètres de vélo pour rejoindre Glen Helen Resort, sorte de village de vacances un peu miteux à la sortie du parc national. La chambre nous coûte 35$ par personne mais au moins ce soir je dormirais sur un vrai lit, et enfin après presque trois semaines : une douche. Le luxe quoi.

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2016-06-02T14:10:39+02:00
https://detours.journalintime.com/Un-detour-dans-les-West-Mac-Donnell-Ranges-partie-3-tu-vois-la-m Un détour dans les West Mac Donnell Ranges — partie 3 : tu vois la montagne là-haut ? C'est là qu'on va. Je me demande parfois comment font ceux et celles qui tournent autour du monde au rythme des tours de pédalier et de roues, à enchaîner les kilomètres, regarder défiler les paysages et le compteur, sans vraiment s'arrêter, essayant simplement d'atteindre l'objectif de la journée : 100, 150, 200 kilomètres. Ils ne s'arrêtent que rarement. Mais moi je suis simplement content de m'arrêter, marcher un peu, rester là à profiter du paysage, prendre des photos, m'arrêter toutes les dix minutes pour la moindre excuse. La vérité c'est que je ne veux pas vraiment avancer. Le monde Je me demande parfois comment font ceux et celles qui tournent autour du monde au rythme des tours de pédalier et de roues, à enchaîner les kilomètres, regarder défiler les paysages et le compteur, sans vraiment s’arrêter, essayant simplement d’atteindre l’objectif de la journée : 100, 150, 200 kilomètres. Ils ne s’arrêtent que rarement.

Mais moi je suis simplement content de m’arrêter, marcher un peu, rester là à profiter du paysage, prendre des photos, m’arrêter toutes les dix minutes pour la moindre excuse. La vérité c’est que je ne veux pas vraiment avancer. Le monde avance, lui, d’un pas obstiné sur les rails du « progrès ». Et mon réflexe à moi c’est de m’arrêter, sortir du train, ralentir, simplement dire « à quoi bon ? »

Pourquoi se presser ? Je connais le poids des années, je sais qu’à chaque révolution de la terre autour du soleil je vieillis un peu plus. Et vieillir, je ne comprends pas toujours ce que c’est, je me sens toujours comme un gamin. Et la vérité c’est que la société adulte m’a toujours montré le mauvais exemple.

Car peut-être que dans dix ans je ne pourrai plus monter sur un vélo, comme ma prof de sport de classe de sixième, qui à 40 ans ne pouvait même plus se baisser pour ramasser un ballon de foot.

Peut-être que je ne pourrais plus randonner, après plusieurs opérations ratées aux genoux ou autre problème de santé.

Peut-être que je ne pourrai plus sortir de chez moi, tétanisé par l’angoisse de la foule et du regard accusateur des inconnus dans la rue, comme cette amie qui depuis dix ans se gave d’anti-dépresseurs.

Peut-être que je sauterais du premier étage de ma maison, parce que je ne verrais pas d’issue dans ma vie après un cancer, comme mon ami Benoît à 12 ans.

Peut-être qu’on me retrouvera mort chez moi, arrêt cardiaque, à 27 ans, comme mon pote Yohan le mois dernier. Simple fait divers dans un recoin du torchon régional.

Ou comme ma grand-mère dont les souvenirs s’effacent jour après jour, à ne plus pouvoir me souvenir du visage de mes proches.

Ou à batailler contre un cancer, comme déjà trop d’amies et de copains, qui parfois disparaissent du jour au lendemain sans prévenir.

Peut-être.

Ou alors peut-être que je n’aurais simplement jamais de retraite, que je ne vieillirais jamais à l’abri d’un état-providence qui me permettra d’apprécier le repos après des années à produire des richesses qui ne servent qu’à une poignée au détriment du reste du monde.

Alors à quoi bon se presser ? À quoi bon courir ? Qu’est-ce qu’on y gagne ?

Je ne sais qu’une chose : chaque année que je passe est un cadeau, et je ne veux pas le gâcher. Je ne peux pas me permettre de le gâcher. Je ne meurs pas de faim, je vis confortablement, alors pourquoi ne pas en profiter ? Pourquoi se résigner, alors que le rêve est une réalité qui attend, juste là au bout des doigts ?

Je préfère croire que peut-être je serai comme Geoff, à presque 80 ans à toujours bosser dans un petit garage automobile, le sourire aux lèvres, à voyager le monde et rigoler comme si j’avais encore vingt balais.

Ou peut-être comme ce papy qui pédalait 80 km tous les jours à plus de 90 ans, tout sourire dehors, à raconter en se marrant comment il s’est cassé la jambe le mois dernier dans un virage à 90 km/h en vélo.

Ou comme mon papa, à 78 ans, qui en paraît encore à peine 50, et qui écrit toujours des livres, sans jamais se décourager ou renoncer.

Oui, peut-être que la vie me permettra d’être un vieillard joyeux qui pourra encore voyager le monde et faire ce que je veux.

Je l’espère.

Mais les mathématiques sont contre moi. Et les contraintes du monde des adultes sont contre moi. Et on n’a qu’une seule jeunesse. Et malgré les envies et les efforts de rester jeune, le corps ne suivra pas forcément. Alors je ne veux pas regretter, je ne veux pas me dire, comme tant de personnes, que j’ai toujours eu envie de le faire et que non il y avait plus important à faire, plus urgent.

Mais qu’est-ce qui peut bien être plus important que vivre ?

Alors c’est ce que je m’efforce de faire : vivre.

En grimpant avec ma belle amoureuse au sommet de Brinkley Bluff, au milieu de l’Australie centrale. Et ce n’est pas la chaleur, ni les corbeaux qui s’attaquent à nos affaires, ni les fourmis rouges qui nous mordent dès qu’on s’arrête sur le chemin, ni le dénivelé, qui nous empêcheront d’atteindre le cairn sommital et les plus belles vues du monde.

Et de camper là, seuls au milieu de la cordillère de Tyurretye, voir le soleil se coucher et se lever, juste pour nous, c’est le plus beau cadeau que je pouvais m’offrir pour une journée de plus sur terre. Une journée à contempler que le temps à mon échelle n’est rien comparé à celui de ces paysages formés au fil des millions d’années.

Et je n’ai pas peur de l’avenir, car je n’aurai pas de regrets, je saurai que j’ai fait ce que j’ai voulu faire, et que c’était ma vie que j’ai vécu et pas celle d’un autre que je ne voulais pas devenir.

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2016-05-31T13:08:00+02:00
https://detours.journalintime.com/Un-detour-dans-les-West-Mac-Donnell-Ranges-partie-3-Birthday-Wat Un détour dans les West Mac Donnell Ranges — partie 3 : Birthday Waterhole et Hugh Gorge Je fais l'amère découverte dans la nuit que les somnifères ne permettent pas de dormir et se reposer, comme une véritable nuit de sommeil, et si je dors toute la nuit je continue à me réveiller toutes les 15-20 minutes pour me retourner à cause de l'inconfort et changer de position. Du coup je dors, mais niveau repos c'est à peine mieux. Bon, tant pis j'espère au moins que cela m'aidera à dormir sans cachets ensuite. Nous reprenons les vélos sur la route sous un soleil insolent pour ce milieu d'hiver : le thermomètre indique 30°C, cinq de moins qu'hier mais toujours chaud pour

Je fais l’amère découverte dans la nuit que les somnifères ne permettent pas de dormir et se reposer, comme une véritable nuit de sommeil, et si je dors toute la nuit je continue à me réveiller toutes les 15-20 minutes pour me retourner à cause de l’inconfort et changer de position. Du coup je dors, mais niveau repos c’est à peine mieux. Bon, tant pis j’espère au moins que cela m’aidera à dormir sans cachets ensuite.

Nous reprenons les vélos sur la route sous un soleil insolent pour ce milieu d’hiver : le thermomètre indique 30°C, cinq de moins qu’hier mais toujours chaud pour pédaler.

Nous parcourons une cinquantaine de kilomètres en quatre heures pour atteindre l’intersection entre la route goudronnée qui longe la chaine de montagnes et la piste 4x4 de quinze kilomètres pour Birthday Waterhole. En route nous trouvons au bord de la route un téléphone portable ainsi qu’une bouteille de bourbon, remplie évidemment (et de bourbon). Bon on n’aime pas ça donc on la laisse là pour le prochain passant, mais bon c’est dingue ce qui pousse au bord des routes australiennes, ah cette flore indigène !

En arrivant au début de la piste 4x4 une abeille décide de se loger dans mon nombril et de piquer. Je peux témoigner que ça fait mal !

Nous roulons deux kilomètres de plus sur la piste qui alterne entre sable où nos roues s’enfoncent de dix centimètres, et galets qui nous font tressauter comme des danseurs de tecktonik pris de convulsions. Nous installons la tente dans le lit de la rivière, à l’abri du vent qui nous a repoussé en arrière toute la journée sur la route.

Nous nous réveillons à huit heures au doux son des hurlements des dingos qui semblent tourner autour de la tente. Pourtant en se levant les seuls animaux que nous voyons sont des corbeaux australiens qui discutent de leur voix craquelée, sonore et désagréable.

La piste 4x4 reprend pour une heure et demie de pédalage. Les traversées de rivières sont difficiles, il faut pousser dans le sable et les cailloux, mais à part ça on arrive à rouler pas trop mal. Et pour nous faire oublier l’effort physique on peut toujours relever les yeux de la piste et admirer le décor qui s’étale autour de nous comme une véritable toile de maître, gravée au rythme des millénaires par des pinceaux de pluie, de vent et de changements climatiques.

Nous ne croisons qu’une seule voiture, c’est le papa qui marchait avec sa fille, qu’on avait laissés à Mulga Camp. Lui s’arrête pour quelques jours, il a souffert d’une insolation avec la chaleur des derniers jours, il avait effectivement l’air mal en point l’autre jour.

Arrivés à Birthday Waterhole nous attachons les vélos à un arbre, en essayant de bien protéger nos affaires en cas de pluie, et nous partons à pied avec nos sacs à dos sur la fin de la piste 4x4 qui va jusqu’à Hugh Gorge, à onze kilomètres de là, point de départ de la section 5 du Larapinta Trail que nous commençons le lendemain et qui doit nous ramener à Birthday Waterhole en deux jours.

Malgré la chaleur nous avançons rapidement à pied, il faut dire que marcher sur une piste 4x4 n’a rien de très difficile. Nous arrivons à Hugh Gorge alors que le soleil se cache déjà derrière les montagnes. On plante la tente dans le sable de la rivière. Le camping est spartiate : un panneau d’information et un réservoir d’eau de pluie, c’est tout. Mais on n’a pas vraiment besoin de plus. On se couche alors que le ciel étoilé nous rappelle que la ville la plus proche est déjà à plusieurs dizaines de kilomètres. La nuit est calme, tranquille, à peine dérangée par une légère pluie nocturne qui nous réveille et qui m’empêchera de me rendormir rapidement.

Une fois de plus les hurlements des dingos nous réveillent à l’aube. Un son inquiétant qui alerte immédiatement, même en sachant qu’ils sont inoffensifs.

Nous chargeons les sacs avec cinq litres d’eau chacun, suffisant pour nous permettre de survivre pendant deux jours, car il n’y a pas de point d’eau garanti sur le chemin jusqu’à Birthday waterhole. Il y a bien des trous d’eau dans les gorges, mais il est déconseillé de les utiliser car les animaux en ont besoin pour leur survie, et si les trois mille randonneurs qui font le Larapinta Trail chaque année utilisent cette ressource rare il ne restera plus grand chose pour les animaux.

Et effectivement Hugh Gorge est parcellée de trous d’eau rafraîchissants que l’on contourne par un peu d’escalade facile.

Nous entendons arriver un drôle d’animal alors que nous commençons la randonnée : ses pieds font clack-clack sur les rochers. Ce n’est pas un animal mais un papy grisonnant, venu en VTT jusqu’au camping, qui vient se balader en chaussures de vélo clipsables. Ça a l’air un peu casse-gueule sur les rochers mais il va bien plus vite que nous. Il faut dire qu’il ne porte pas une quinzaine de kilos sur son dos !

La gorge se révèle particulièrement jolie, mais aussi relativement fatigante, la progression à marcher dans les galets et sauter de rocher en rocher est épuisante et s’il n’y avait pas ces montagnes rouge-orangées qui dominent autour de nous cela serait une véritable épreuve. Mais avec la vue qu’on se paye, on ne va pas se plaindre ! Et puis avec nos aventures dans les Gammon Ranges on commence à avoir l’habitude de la marche dans les lits de rivière à sec.

Puis la gorge s’élargit, avec un grand banc de sable abritant de nombreux eucalyptus et des traces de camping et de feu de camp (pourtant interdit à cause des risques élevés d’incendie). C’est Hugh Junction, où une ravine s’ouvre sur la droite et qu’il faut suivre pour poursuivre le Larapinta. Tout droit la gorge continue jusqu’à un trou d’eau permanent. Nous laissons les sacs à dos à l’intersection et poursuivons armés de nos appareils photo, du GPS et de la balise de détresse. Après un kilomètre de plus de bagarre avec les rochers nous atteignons le trou d’eau, là où la gorge ne fait plus que quelques mètres de largeur, surplombée par des murs rouges hauts de plus d’une centaine de mètres. Superbe, cela nous fait penser aux belles gorges de Karijini dans le Western Australia. Mais malgré la chaleur nous n’allons pas nous baigner vu la fraîcheur de l’eau !

Après un déjeuner bien mérité nous quittons la gorge et suivons la ravine puis un petit sentier à flanc de montagne qui grimpe jusqu’au col de Rocky Saddle. Le ciel gronde. Il est passé du bleu au gris sombre. Des éclairs commencent à se faire voir au loin. Nous enfilons les vestes de pluie. Nous n’allons pas nous attarder là. Pourtant il y aurait de quoi : la vue est l’une des plus belles que j’ai jamais eu l’occasion d’apprécier.

Le sentier quitte le col et redescend dans une autre ravine de l’autre côté de la crête. Là l’orage éclate et en cinq minutes nous sommes trempés. Enfin surtout Anne, qui découvre que sa veste n’est plus du tout imperméable. Heureusement il fait chaud et la pluie s’arrête rapidement. Nous plantons la tente à Fringe Lily Creek, dans le lit de la rivière mais un peu en surplomb du lit principal, on n’est jamais trop prudents : on n’a pas envie de se retrouver à flotter dans un torrent d’eau au milieu de la nuit, les rivières d’Australie centrale ne sont que trop bien connues pour leurs crues-éclair où l’eau se met à couler à torrent en quelques minutes.

Il est encore tôt, nous profitons du temps libre pour lire avant de dîner. Le temps est à nouveau sec, mais au moment de boire le thé, l’orage revient sans prévenir et nous nous réfugions sous la tente pour finir thé et gâteaux. L’orage nous tourne autour, la pluie se calme puis revient par bourrasques violentes. Enfin l’orage se concentre au dessus de nous, la foudre tombe à moins de 300 mètres de nous à plusieurs reprises. Et soudainement plus rien : ni pluie, ni tonnerre, ni éclair. Nous sommes pourtant bien contents d’être à l’abri sous la tente, mais pas non plus complètement rassurés, nous sommes seuls dans une gorge, au milieu des montagnes, loin de toute civilisation, et un orage gronde dans les parages, c’est le genre de moment où on réalise que nous ne sommes que peu de choses au milieu du grand chaos naturel.

La nuit reste ponctuée d’orages et de pluie, mais au matin ça se dégage et nous profitons des quelques rayons de soleil qui atteignent le fond de la gorge et notre petit camping pour sécher la tente.

En quittant Fringe Lily Creek le sentier repart très raide pour grimper en haut de la crête. Les nuages jouent à cache-cache avec le soleil et procurent des zones d’ombres qui rendent le paysage encore plus fabuleux.

Une fois en haut nous suivons la crête de Razorback Ridge sur quelques kilomètres avant de descendre dans une ravine qui demande un peu d’escalade. Nous y croisons les deux allemands et l’australien de Canberra que nous avions rencontrés en revenant de Mulga Camp. Le chemin poursuit ensuite le cours de Spencer Gorge, où un nouveau parcours d’obstacles à base de cailloux, galets et rochers de diverses tailles nous donne du fil à retordre. Mais au moins nous sommes à l’ombre de grands palmiers et des parois rocheuses.

Enfin, une grosse flèche bleue nous emmène en dehors de la gorge, rejoindre un petit col, avant de redescendre jusqu’à un ancien pâturage, intersection entre les sections 4 et 5 du Larapinta Trail. Plus que deux kilomètres à marcher dans le sable de la rivière et nous rejoignons Birthday Waterhole, où nous retrouvons nos vélos, dont une partie de la cargaison a été attaquée par les corbeaux et les pies. Tout ce qui ressemblait à un sac plastique a été déchiqueté avec méticulosité, y compris le sac qui recouvrait ma selle contre la pluie. On constate donc que les oiseaux du coin ont découvert ce qu’était un sac poubelle… Probablement à cause de certains qui laissent leur déchets. Heureusement pas de dégât, seulement quelques sacs plastiques déchirés.

Le camping est plutôt rempli, avec une vingtaine de campeurs, dont un groupe organisé accompagné par un 4x4. On constate aux nombreuses traces de papier toilette et à l’odeur d’urine de certains endroits du camping qu’effectivement le coin est populaire. Il est bienvenu que les parcs nationaux veuillent installer ici le mois prochain des toilettes sèches et un abri de randonnée comme à Simpsons Gap, ça semble effectivement nécessaire…

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2016-05-27T08:06:00+02:00
https://detours.journalintime.com/Un-detour-dans-les-West-Mac-Donnell-Ranges-partie-2-Simpsons-Gap Un détour dans les West Mac Donnell Ranges — partie 2 : Simpsons Gap La piste cyclable de Picnic Spur à Simpsons Flat serpente au pied des montagnes, au milieu de paysages sublimes. Ça roule bien, c'est sympa comme tout. Quinze kilomètres plus loin nous atteignons Simpsons Gap, et une nouvelle barrière anti-moto qui empêche nos vélos chargés de passer. Nous rejoignons le camping du Larapinta Trail, qui jouit d'un abri tout neuf, entièrement construit en acier, soudé, sans aucune vis ou assemblage, signe que le métal est la spécialité australienne. On peut dire que c'est construit pour durer ! L'abri est conçu pour protéger du soleil et un

La piste cyclable de Picnic Spur à Simpsons Flat serpente au pied des montagnes, au milieu de paysages sublimes. Ça roule bien, c’est sympa comme tout. Quinze kilomètres plus loin nous atteignons Simpsons Gap, et une nouvelle barrière anti-moto qui empêche nos vélos chargés de passer.

Nous rejoignons le camping du Larapinta Trail, qui jouit d’un abri tout neuf, entièrement construit en acier, soudé, sans aucune vis ou assemblage, signe que le métal est la spécialité australienne. On peut dire que c’est construit pour durer ! L’abri est conçu pour protéger du soleil et un peu de la pluie mais est à moitié ouvert, et à côté des plateformes pour dormir il y a des fenêtres qui s’ouvrent pour avoir de l’air la nuit, on voit que ça a été pensé pour la chaleur, pas vraiment pour protéger du vent ou de la pluie. Il y a aussi un placard qui ferme pour mettre ses affaires et sa nourriture à l’abri des souris, pratique et des gens ont laissé des livres, de la bouffe, des affaires… Sympa, on se sent un peu faire partie d’une communauté, même si on n’a pas encore vraiment randonné beaucoup sur le Larapinta.

Simpsons Gap est un trou d’eau permanent sur Roe Creek qui traverse la chaîne de montagne dans cette impressionnante gorge où la vie abonde. La fraîcheur du lieu est toujours agréable par ces jours-ci où la température dépasse les 30°C. Mais aux pires moments de l’été elle peut même dépasser les 50°C, alors on s’estime un peu chanceux quand même.

Le lieu est plutôt touristique, et la plupart des gens ne font qu’un court aller-retour jusqu’au bord de l’eau avant de repartir, alors qu’il y a plusieurs balades intéressantes dans le coin. Certains ne font qu’un tour du parking avant de repartir sans même sortir de la voiture. La nature humaine nous déprime certains jours…

Nous terminons la journée par une courte balade à Hat Hill Saddle, littéralement « le col de la colline en forme de chapeau », et elle ressemble effectivement un peu à un chapeau de loin. Le sentier emprunte le parcours du Larapinta Trail sur quelques kilomètres jusqu’à un joli point de vue. Une bonne partie du chemin est partiellement ombragée, sous des arbres peu feuillus mais c’est déjà mieux que de brûler sous le soleil. Comme d’habitude le paysage est sublime.

Le soir nous sommes rejoints au camping du Larapinta par une dame qui vient assurer le support logistique pour son mari et sa fille qui randonnent sur le Larapinta, à chaque étape elle vient apporter des provisions et des affaires, leur permettant de marcher un peu plus léger. Bon ils se trimballent quand même des gros sacs car certains campings ne sont pas accessibles en voiture mais bon j’aime bien le principe, je devrais proposer ça à mes parents avec leur camping car. Bon faudrait qu’ils installent la clim' dedans sinon ils vont fondre.

Nous profitons des barbecues de l’aire de pique-nique pour faire du garlic bread (pain à l’ail beurré, un peu comme la garniture des escargots, excellent !), signe que nous nous baladons encore avec beaucoup trop de bouffe.

Nous dormons dans l’abri, sans tente, sans sac de couchage : il fait trop chaud. Le soleil se couche sur la plus belle vue du monde, les montagnes et Simpsons Gap, juste devant moi. Il est difficile de se plaindre quand on a une telle vue au moment de se coucher…

Les deux jours suivants nous partons faire une randonnée sur le Larapinta Trail, mais comme on n’aime pas les aller-retour on va faire une boucle en profitant du Woodland Trail. Cela oblige hélas à marcher 3,5 kilomètres de route mais bon vu qu’on ne voit que deux voitures en 45 minutes ce n’est pas horrible, surtout en début de marche, en fin de journée quand on est déjà crevé par contre ça aurait été chiant. Mais ce matin du mercredi 19 août 2015 je ne suis pas très réveillé, le mec qui marchait avec sa fille a ronflé comme un bûcheron toute la nuit, ça n’a pas aidé mes problèmes de sommeil.

Malgré le fait que nous avons changé de tente pour une plus légère de 1 kg et que nous ne partons que pour deux jours nos sacs à dos sont bien remplis. Il faut dire qu’il fait chaud et qu’il n’y a pas d’eau avant le camping de ce soir qui a un réservoir d’eau de pluie surveillé et ré-alimenté par les rangers du parc national, donc nous baladons quelques litres d’eau chacun pour tenir toute la journée.

Nous marchons sous un soleil de plomb. Le Woodland Trail n’est pas le plus passionnant des chemins mais reste agréable, malgré le manque d’ombre. Nous faisons un détour d’un kilomètre pour aller visiter Rocky Gap qui nous oblige à marcher dans le lit d’une rivière à sec, dans du sable. Fatigant. Mais nous pouvons profiter d’un peu d’ombre pour dévorer une barre de céréales, sous les branches bienveillantes des river red gums qui puisent de l’eau en profondeur dans les nappes phréatiques sous le lit de la rivière.

Après cela les paysages et le chemin deviennent beaucoup plus jolis et nous atteignons Bond Gap, une gorge très encaissée, aux parois rouges, et dont le fond est rempli d’eau, de plantes aquatiques, d’oiseaux et même de poissons. L’endroit est frais, idéal pour faire une pause repas avant d’entamer la dernière section jusqu’à Mulga Camp, notre camping pour la nuit.

Le sentier est très agréable, très bien aménagé et intégré dans le paysage, le boulot effectué est exemplaire. Les paysages nous fascinent, les lits de rivières sableux, les gorges, les montagnes rouges, la végétation jaunie… Impossible de détourner le regard, on en prend plein les mirettes. Arenge Bluff spécifiquement est très impressionnant et intimidant. Le sentier le contourne heureusement car il semble particulièrement escarpé.

Nous passons à l’ancien camping de Mulga Camp où un énorme bœuf broute l’herbe au fond de la vallée, sûrement échappé d’un pâturage plus loin, c’est triste car il risque de faire des dégâts importants à la végétation du parc national.

Un kilomètre plus loin au nouveau camping nous retrouvons le ronfleur de la nuit dernière et sa fille qui plantent leur tente pour la nuit. Le camping est luxueux : deux tables, des toilettes sèches et un gros réservoir d’eau de pluie. Celui-ci a une antenne et un dispositif électronique alimenté par un panneau solaire, qui permet d’envoyer aux rangers un signal quand le niveau d’eau est trop bas. Ingénieux.

Je passe une nuit horrible, impossible de dormir malgré la fatigue après une mauvaise nuit hier et 21 kilomètres de marche aujourd’hui. Je ne dors que deux heures dans la nuit. Quand je commence à me rendormir à 5 heures du matin il se met à pleuvoir. Or, comme la météo annonçait beau temps pour toute la semaine nous n’avons pas pris la toile extérieure, pensant profiter de la vue sur les étoiles pour dormir. Ça les étoiles je les ai bien vues… toute la nuit. C’était superbe c’est sûr mais j’aurais bien aimé dormir. Réveillé par la pluie je me précipite pour recouvrir la tente avec la couverture de survie, et le temps de le faire la pluie s’arrête, et impossible de me rendormir. On a retenu la leçon pour plus tard : toujours prendre et installer la toile extérieure, même s’il fait beau : personne n’a envie de se lever au milieu de la nuit parce qu’il se met à pleuvoir.

Évidemment au matin je suis épuisé et me sens complètement incapable de faire le détour de 5 km par Spring Gap que nous avions prévu, surtout qu’il reste encore 15 kilomètres de plus pour rentrer à Simpsons Gap. Ces problèmes de sommeil me dépriment car je me retrouve dans l’impossibilité physique de faire ce que j’avais envie de faire, et j’ai beaucoup de mal à profiter de ce qu’on vit au jour le jour quand je n’ai parfois même pas l’énergie nécessaire pour préparer à manger.

La journée est légèrement moins chaude qu’hier, grâce au ciel un peu plus nuageux qui nous protège du plus fort des rayons. Malgré tout je marche comme un mort-vivant et dois redoubler d’efforts pour essayer d’apprécier le paysage. Je me sens terriblement fatigué et faible.

Nous faisons une pause à Bond Gap comme hier pour manger et profiter de la fraîcheur du lieu. On se trempe même les pieds dans l’eau mais pas longtemps, elle est terriblement froide.

Les derniers huit kilomètres sont un peu longs pour moi. Les paysages me font toujours autant rêver mais j’ai beaucoup de mal à relever les yeux de mes pieds. Nous croisons un groupe de trois retraités qui vont dans l’autre sens : deux allemands et un australien de Canberra. Très sympas, nous aurons l’occasion de les revoir à plusieurs reprises dans les prochains jours. Ils étaient un peu inquiets en voyant nos vélos seuls au camping de Simpsons Gap mais nous les rassurons, ce sont bien nos vélos on est juste partis se balader sans montures mécaniques.

Nous atteignons le camping de Simpsons Gap avant que le soleil ne se couche et profitons des derniers rayons pour se rincer rapidement derrière des buissons avec une bouteille d’eau. Pas de douche avant au moins deux semaines, alors il faut bien se débarrasser un peu de la poussière de sable et de la transpiration qui nous collent à la peau. À l’abri nous rencontrons trois randonneurs australiens : deux frères, Ed et Andrew, et leur amie Petrina trimballent chacun un énorme sac à dos, et chacun a son réchaud, sa popote et sa nourriture, c’est un peu bête de porter trois réchauds et trois popotes pour trois personnes mais bon. Ils sont partis de l’autre côté du Larapinta Trail et il ne leur reste plus que deux jours avant de rejoindre Alice Springs.

Nous passons les deux jours suivants au camping de Simpsons Gap à nous reposer car la météo annonçait des fortes chaleurs : plus de 35°C. Anne va faire un aller-retour jusqu’à Alice Springs un jour (à 18 km de là) et ramène encore plus de bouffe, de la pizza, des glaces même pas encore fondues mais qu’on s’empresse quand même de manger, et surtout des somnifères pour essayer de me faire dormir un peu mieux…

Nous voyons passer d’autres randonneurs, tous plus chargés les uns que les autres, certains transportant des bouteilles d’alcool en verre… Et ils se plaignent d’avoir des ampoules après. Il y en a un qui n’arrivait quasiment pas à se lever avec son sac à dos. Je ne comprends pas quel est l’intérêt, pourquoi trimbaler autant de trucs inutiles ? La randonnée doit être un plaisir pas un une épreuve de force et de douleur.

On profite des ces jours de repos pour lire, regarder des séries sur le téléphone et la tablette, changer les chaînes des vélos, mais aussi profiter d’une petite balade guidée de Simpsons Gap par un ranger, l’occasion de discuter avec lui du Larapinta Trail, du parc national, la faune et la flore locale, et plein d’autres sujets. Intéressant. Il nous aide à voir des black footed rock wallabies qui se cachent dans les rochers sur les hauteurs de Simpsons Gap.

Demain nous reprenons les vélos pour rejoindre Birthday waterhole, où nous devons faire de nouvelles randonnées sur le Larapinta Trail.

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2016-05-25T05:20:00+02:00
https://detours.journalintime.com/Un-petit-long-detour-dans-les-West-Mac-Donnell-Ranges-partie-1-u Un petit (long) détour dans les West Mac Donnell Ranges — partie 1, un peu de repos avant de conquérir le Larapinta Trail Alice Springs est une ville vraiment étrange et fascinante. C'est la plus grande ville d'Australie centrale mais n'a que 28.000 habitants. Pourtant quand on rejoint la route qui mène de l'aéroport au centre ville on est tout de suite dans le bain d'une grande ville et de son flux incessant de camions, taxis et autres véhicules à moteur. Alors qu'il y a quinze minutes on était encore sur la Stuart Highway à ne voir qu'un véhicule toutes les 10 minutes, c'est ici un véritable convoi qui s'anime. Mais d'où viennent-ils tous comme ça ? Et pourquoi sont-ils tous si pressés ? Et c'est Alice Springs est une ville vraiment étrange et fascinante. C’est la plus grande ville d’Australie centrale mais n’a que 28.000 habitants. Pourtant quand on rejoint la route qui mène de l’aéroport au centre ville on est tout de suite dans le bain d’une grande ville et de son flux incessant de camions, taxis et autres véhicules à moteur. Alors qu’il y a quinze minutes on était encore sur la Stuart Highway à ne voir qu’un véhicule toutes les 10 minutes, c’est ici un véritable convoi qui s’anime. Mais d’où viennent-ils tous comme ça ? Et pourquoi sont-ils tous si pressés ?

Et c’est vrai qu’une fois en ville on se demande d’où peuvent bien venir toutes ces voitures, alors que la ville ne fait qu’une dizaine de kilomètres de large, la rendant idéale pour le déplacement à vélo. Malgré les axes routiers et les embouteillages, la ville nous plaît beaucoup, perdue au milieu de la chaîne de montagne des West Mac Donnell Ranges, surplombée de plusieurs collines, elle est franchement l’un des plus beaux lieux d’Australie. Et le soir ou le matin, quand le soleil éclaire de rouge et de rose les crêtes des montagnes tout autour de la ville c’est difficile de ne pas tomber amoureux de cet endroit singulier : une ville de montagne à 500 mètres d’altitude, au milieu d’un désert, traversée par un immense fleuve de sable, et qui passe la moitié de l’année au dessus de 32°C.

On profite donc d’Alice Springs pendant quelques jours, hébergés chez Steve et Jayne, qui ont la gentillesse de nous accueillir et de nous laisser nous reposer après ces deux mois et demi de vélo. Ils accueillent aussi Joel et Ziggy pour une nuit, qui finissent un tour du monde à vélo commencé en Allemagne et qui descendent de Darwin à Adelaide en une vingtaine de jours seulement. On se demande bien comment ils font autant de distance, surtout que bon si on trouvait qu’on était chargés, on a réalisé que nous ne sommes pas les seuls. Leurs vélos sont en effet chargés d’affaires et de bordel qui dépassent dans tous les sens, jusqu’à former une montagne plus haute qu’eux !

Je profite du temps de repos pour faire un peu d’entretien sur les vélos : commande de nouvelles chaînes sur eBay, nettoyage et re-graissage de mes pédales, changement d’un câble de dérailleur cassé et d’une gaine de dérailleur dont il ne restait plus grand chose à force d’être usée par les frottements des sacoches.

Nous quittons ensuite Steve et Jayne à leurs préparatifs de voyage car ils vont bientôt partir faire quelques semaines à vélo en Allemagne sur l’EuroVélo 6. Et nous, nous allons dans les West Mac Donnell Ranges. Mais comme on n’est pas encore complètement reposés et qu’on attend toujours la livraison des nouvelles chaînes on ne va pas très loin, on s’installe quelques jours à Wallaby Gap, le premier camping du Larapinta Trail, ce sentier de randonnée de 223 kilomètres.

Ah, les aménagements des pistes cyclables, on dirait qu’ils ont été spécialement conçus pour empêcher les vélos de passer !

Pour y aller il faut parcourir une piste cyclable d’une quinzaine de kilomètres qui emmène d’Alice Sprins à Simpsons Gap, mais on ne fera que quatre ou cinq kilomètres avant de prendre une piste 4x4 de deux kilomètres pour Wallaby Gap. Nous qui pensions être un peu tranquilles en arrivant, on découvre un 4x4 garé au milieu du camping (normalement accessible uniquement aux marcheurs et vélos). C’est une compagnie privée qui organise des randonnées sur le Larapinta Trail. Ce qui veut dire que les heureux marcheurs ne portent qu’un petit sac à la journée, et chaque soir retrouvent le 4x4 qui leur amène leur swag (matelas de camping), leurs affaires, avec le guide qui leur prépare à manger. Le tout pour la modeste somme de 4.600$ pour seize jours de marche quand même, soit près de 300$ par jour. Pour ce prix-là je m’attendrais au moins à ce que le guide installe une piscine gonflable et fasse des massages à la fin de la journée mais il semble que non.

Bon du coup pour la tranquillité c’est un peu râpé, la moitié de ces randonneurs au petit sac mais au gros budget ronflent aussi fort qu’un marteau-piqueur. Pendant que j’installe les bouchons de mousse dans mes oreilles je pense à l’idée d’organiser aussi ce genre de randonnée-pantoufles : avec huit marcheurs par groupe, deux groupes par mois, cinq mois par an ça fait quand même pas loin de 400.000$ juste pour conduire un 4x4, faire à manger et randonner. Ça semble rentable comme business-plan en tout cas.

Le lendemain sera occupé à aller se balader un peu jusqu’à Euro Ridge, une crête qui surplombe le camping et permet d’avoir de chouettes vues sur Alice Springs et les chaînes de montagne tout autour. Il faut dire que les paysages sont à couper le souffle, absolument sublimes, et franchement c’est difficile de se lasser quand on voit ça !

Alice Springs depuis Euro Ridge, avec le col de Heavitree Gap au fond

Comme on a vu les vélos de Joel et Ziggy surchargés, on s’est dit qu’on devait faire pareil du coup hier on est venus avec des tonnes de bordel, de la bouffe au large, incluant une pastèque, et même un matelas en mousse en plus pour essayer d’améliorer mes conditions de sommeil. On passe donc le reste de la journée à se reposer et à manger pour réduire notre chargement de bouffe. Plusieurs groupes organisés traversent le camping dans la journée mais ceux-là vont dormir un peu plus loin dans un autre camping, et le soir nous sommes enfin au calme, au milieu des montagnes, en entendant les animaux déambuler autour dans la nuit. Ce qui rend d’autant plus intriguant ce léger fond sonore venu de la ville de bruits de voitures, klaxons, sirènes et même le train.

Le lendemain sera encore un jour de repos, car on n’en a jamais assez ! On reprend les vélos pour retracer les deux kilomètres de la piste 4x4 jusqu’à rejoindre la piste cyclable et s’installer sur un espace picnic au bord de la piste. Pendant qu’Anne reste là à roupiller je retourne en ville, sans mes sacoches, à quinze kilomètres de là, pour ramener toujours encore plus de bouffe et aller chercher les chaînes à la poste. Mais à la poste point de chaînes, pas encore arrivées, dommage. Pour me rattraper je prends des pizzas, des donuts à la cannelle, du cidre, etc. Je passe aussi à la bibliothèque mais le WiFi est hors de prix : $8 pour 55 minutes !

Je me rends à l’office de tourisme pour avoir des infos sur les pistes d’accès aux prochaines étapes du Larapinta Trail qu’on veut rejoindre en vélo, et notamment la piste pour Birthday Waterhole. Là un mec hautain avec des dreads dans les cheveux me dit que c’est impossible de faire la piste 4x4 en vélo, surtout avec des vélos de randonnée, qu’on devra porter les vélos, que c’est complètement con, qu’on ferait mieux de louer un 4x4, et qu’on va gâcher nos vacances. Quand je lui dis qu’on a déjà fait des pistes 4x4, VTT et l’Oodnadatta Track il me répond d’un air méprisant que l’Oodnadatta c’est rien c’est super facile et autres conneries. Et il refuse catégoriquement de me décrire la piste, s’il y a beaucoup de sable ou pas. Bref un sacré con.

Je quitte ensuite la ville pour rejoindre Anne mais ne manque pas de m’arrêter dans la dernière supérette sur le chemin pour prendre des glaces. Je dois ensuite pédaler comme un taré sur sept kilomètres pour qu’elles ne fondent pas avant que j’arrive !

L’endroit où l’on plante la tente à côté de la table de picnic est plutôt chouette, et personne ne passe ici la nuit. De plus juste à côté il y a un petit promontoire rocheux qui permet d’avoir de superbes vues au coucher de soleil. J’aime vraiment, vraiment beaucoup cet endroit !

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2016-01-17T04:12:00+01:00
https://detours.journalintime.com/Stuart-Highway-partie-2-De-Henbury-Meteorite-Crater-a-Alice-Spri Stuart Highway, partie 2 — De Henbury Meteorite Crater à Alice Springs Sortir des sentiers battus c'est une expression certes, mais aussi une réalité quand on décide de couper à travers la brousse là où aucune route, aucun sentier, panneau, pancarte ou direction n'indique où aller. C'est une activité qu'on apprécie tous les deux, et on hésite rarement à enjamber une clôture pour aller se promener n'importe où, pourvu que ça ait l'air chouette. Cela ne fait pas de nous des aventuriers, nous ne savons ni lire une boussole ni nous situer sur une carte. Mais on a un téléphone qui fait GPS, magie de la modernité. Alors ce matin on décide de

Sortir des sentiers battus c’est une expression certes, mais aussi une réalité quand on décide de couper à travers la brousse là où aucune route, aucun sentier, panneau, pancarte ou direction n’indique où aller. C’est une activité qu’on apprécie tous les deux, et on hésite rarement à enjamber une clôture pour aller se promener n’importe où, pourvu que ça ait l’air chouette. Cela ne fait pas de nous des aventuriers, nous ne savons ni lire une boussole ni nous situer sur une carte. Mais on a un téléphone qui fait GPS, magie de la modernité.

Alors ce matin on décide de sauter la barrière et aller prendre un peu de hauteur en grimpant en haut de la crête qui surplombe les cratères de Henbury. Difficile de dire que c’était une grande aventure, une poignée de kilomètres pour atteindre le sommet de la seule chaîne de montagne au milieu d’une plaine immense, la visibilité est excellente, il serait impossible de se perdre ici à moins de parcourir au moins cinquante kilomètres.

De là-haut, un lieu qui ne doit voir passer qu’une poignée d’humains par siècle, on peut admirer des paysages qui resteront éternellement inconnus à ceux qui se contentent de passer rapidement en 4x4. C’est simplement magnifique, dans toutes les directions. Ce sont ces paysages qui représentent le plus l’Australie centrale à mon sens, des chaînes de montagnes qui s’étendent sur des centaines de kilomètres. Dont la plupart ne sont connues et fréquentées que par les aborigènes. Ces montagnes aujourd’hui ne font que quelques centaines de mètres d’altitude, mais elles sont dix fois plus anciennes que l’Himalaya et furent bien plus hautes. Et ce n’est rien par rapport aux montagnes autour de Karijini dans le Pilbara, âgées de deux millards d’années ! Et dire qu’il y en a encore pour croire que la Terre a été créée il y a 6000 ans, quelle tristesse.

Et justement en repartant d’Henbury et après une vingtaine de kilomètres nous rejoignons une aire de repos au bord du lit à sec de la Finke River, la plus ancienne rivière du monde. Plus de 350 millions d’années ! Et même si depuis 30 millions d’années l’eau ne coule plus que lors de rares pluies torrentielles, elle reste majestueuse, dans ses méandres et ses nombreuses gorges, jusqu’à disparaître au milieu du Simpson Desert, où avant se tenait une large mer intérieure.

Il nous faudra encore trois jours pour atteindre Alice Springs, après plus de 3.000 kilomètres pédalés. Entre vent de biais et vent de face la progression ne sera pas tous les jours facile, mais nous commençons à nous rapprocher de la civilisation, et nous profitons de la station service de Stuarts Well pour prendre burgers de chameau et de crocodile. À un moment nous passons devant une plaque à la mémoire de quatre morts victimes d’une épreuve de cannonball, un « noble sport » selon la plaque. Nous n’apprendrons que plus tard ce qu’est le cannonball : des courses sauvages (illégales) de voitures sur les routes ouvertes, créées afin de démontrer la « stupidité » de limiter la vitesse des voitures sur les routes. Ironiquement les deux pilotes et deux organisateurs sont morts à cause d’une vitesse excessive. Démontrant par là l’utilité de limiter la vitesse sur route. Moi je dis rien mais je pense que ces mecs-là mériteraient de figurer aux Darwin Awards, récompensant les personnes mortes à la suite d’un comportement particulièrement stupide…

Plus nous nous rapprochons d’Alice Spings et plus le trafic augmente. Nous finissons par traverser Heavitree Gap, seul accès à la ville à travers la chaîne de montagne. Ce col de 500 mètres de large doit faire passer la Todd River (heureusement à sec la plupart du temps), mais aussi la voie ferrée et l’autoroute et son flux incessant de voitures et camions, autant dire que pour les piétons le trottoir n’est pas très agréable, mais heureusement il existe.

Nous sommes accueillis chaleureusement par Jayne et Steve qui nous hébergeront une semaine, le temps de bien se reposer avant de partir explorer les West MacDonnell Ranges.

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2015-12-25T06:01:55+01:00
https://detours.journalintime.com/Stuart-Highway-partie-1-De-Marla-a-Henbury-Meteorite-Crater Stuart Highway, partie 1 — De Marla à Henbury Meteorite Crater Parcourir un pays à vélo est une expérience réellement singulière, et nous constatons que cela nous permet de prendre beaucoup plus de temps à apprécier les paysages et leurs changements. Moi j'étais déjà conquis, j'ai traversé d'Adelaide à Alice Springs déjà trois fois, deux fois en train et une fois en voiture, et à chaque fois le paysage est simplement à couper le souffle, varié, divers et fascinant. Et chaque saison le rend réellement différent. Et contre toute attente il change régulièrement, même d'un kilomètre à l'autre. Anne, elle, avait trouvé la

Parcourir un pays à vélo est une expérience réellement singulière, et nous constatons que cela nous permet de prendre beaucoup plus de temps à apprécier les paysages et leurs changements. Moi j’étais déjà conquis, j’ai traversé d’Adelaide à Alice Springs déjà trois fois, deux fois en train et une fois en voiture, et à chaque fois le paysage est simplement à couper le souffle, varié, divers et fascinant. Et chaque saison le rend réellement différent. Et contre toute attente il change régulièrement, même d’un kilomètre à l’autre.

Anne, elle, avait trouvé la traversée en voiture plutôt sans intérêt il y a deux ans, ayant l’impression de voir se dérouler sur des centaines de kilomètres toujours la même chose. Mais il faut savoir y regarder et admirer les variations parfois subtiles de végétation, les plaines, les collines, les lits de rivières, toujours à sec sauf lors des crues décennales. Alors c’est d’autant plus une surprise pour elle de voir qu’effectivement le décor n’est pas lassant et ennuyant mais fascinant.

Et le soir quand le soleil disparaît derrière l’horizon les plaines immenses s’enflamment d’orange, de rouge, de rose et pourpre. Et la nuit la pleine lune illumine de bleu le dédale d’arbustes et d’herbes qui survivent sur le sable rouge. On se réveille parfois en pleine nuit en se demandant quel est le crétin qui a foutu un réverbère au milieu du bush, mais non c’est la lune qui nous éclaire comme en plein jour.

Alors que nous partons de Marla la chaleur de l’Australie centrale nous rattrape : 35, 37, puis jusqu’à 42°C, alors que nous sommes encore en hiver. Je vous laisse imaginer comment c’est en été. Et avec la chaleur le vent dominant a changé de direction et nous fait face. Ainsi nous ne parcourons que 44 kilomètres en deux jours sous un soleil de plomb. Mais le troisième jour la chaleur retombe et le vent se met à nous pousser dans le dos. Et nous faisons alors 184 kilomètres en deux jours. Autant dire que ce sont des journées plutôt agréables.

Nous sommes dépassés par Dan, un Melbournien qui nous suit depuis quelques semaines, il était sur l’Oodnadatta Track et a entendu parler de nous. Mais il a trouvé l’Oodnadatta trop difficile et après une casse de dérailleur il a gagné Coober Pedy en stop puis a suivi la Stuart Highway, goudronnée et plus facile. Son vélo est surchargé, bien plus que les nôtres, car en plus de quatre sacoches il traîne une remorque mono-roue. Et il trimballe du matériel vidéo et photo (plusieurs caisses) pour documenter son voyage, ainsi qu’une guitare et même un vrai marteau (bien lourd) pour planter les sardines de la tente dans le sol souvent très dur de l’outback. Et encore, il a laissé sa planche de surf à Adelaide !

Du coup on se dit que si lui, qui a l’air ultra-sportif, musclé et entraîné, a trouvé l’Oodnadatta Track trop difficile, c’est que nous ne sommes pas seuls à en avoir chié. Mais on est contents car nous on l’a fait en entier, sans entraînement et sans muscles !

Le jour suivant je me bloque le dos en faisant un faux mouvement au moment de partir, mais malgré cela on reprend la route, car la douleur est encore pire quand je suis debout ou couché que quand je suis assis sur le vélo. C’était une bonne idée car nous ferons 98 kilomètres dans la journée, notre record jusque là. Nous traversons la frontière entre South Australia et Northern Territory, après quasiment 2.500 kilomètres pédalés dans le South Australia quand même ! C’est un tournant pour nous : après deux mois nous changeons enfin d’État.

Nous faisons une pause burger (petit et cher) à la station service de Kulgera, où nous faisons la rencontre de Philip et sa famille aborigène venant de Finke. Ils montent à Alice Springs voir de la famille. Ils sont je ne sais pas combien entassés les uns sur les autres dans leur voiture, peut-être huit ou neuf. On passe un petit moment à discuter avec eux de comment cuisiner le kangourou et l’émeu, il nous raconte les périodes de crue à Finke où le poisson est abondant et la pêche facile.

Encore une fois malgré tous les avertissements et commentaires racistes qu’on a pu avoir de la part des australiens (blancs) sur les aborigènes, on ne peut que constater qu’ils sont comme tout le monde, en général sympas et accueillants, parfois non. Comme la plupart des australiens donc. Alors pourquoi tant de haine ? Encore une fois la faute à l’ignorance, la peur de l’inconnu. Comme en France où tout le monde aime bien stigmatiser les personnes originaires d’Afrique du nord comme de dangereux éléments qui vivent au crochet de la société… C’est de la bêtise pure et méchante.

Et la gentillesse des gens on peut dire qu’on en bénéficie pas mal. Alors qu’on discutait avec Dan un conducteur de 4x4 est venu nous offrir des boîtes de conserve de maïs à la crème, puis deux jours plus tard un petit camping-car de location s’arrête devant nous : un néerlandais et sa fille, qui traversent l’Australie pour leurs vacances, nous proposent un verre de jus de fruit, ce qu’on accepte avec plaisir.

Un peu après on passe l’intersection avec la Lasseter Highway qui va à Uluru et Kings Canyon, et on voit un truc se profiler à l’horizon sur la voie opposée, qui vient vers nous, on dirait… une remorque de vélo ? Mais où est le vélo ? Ah en fait il n’y en a pas ! C’est Roger, un anglais, la cinquantaine, qui traverse l’Australie de Darwin à Hobart, à pied, en poussant son chariot sur presque 50 kilomètres par jour, plus rapide que nous en vélo ! Il semble avoir une discipline de fer et un agenda à la minute, se lève dès les premières lueurs du jour jusqu’à ce qu’il fasse nuit. Alors on ne discute pas longtemps car il ne veut pas trop se retarder. Il profite quand même de l’occasion pour se rouler une cigarette et la fumer rapidement avant de repartir. On se demande quand même l’intérêt de marcher sur l’autoroute, ça doit être un peu chiant avec le temps je pense.

Le lendemain matin ça caille : 5°C au thermomètre alors qu’il fait déjà bien soleil. On prend notre temps pour émerger de la tente. On se caille en petit-déjeunant sur une table de picnic à l’ombre parce qu’un mec en 4x4 et immense caravane s’est installé devant la seule table au soleil pour… ne pas l’utiliser. Pour couronner le tout le réchaud ne veut pas fonctionner correctement à cause de grains de sable coincés dans le brûleur, on met un temps fou à faire chauffer notre eau avec le vent. Et le temps de manger quelques gâteaux notre tasse de thé est déjà froide.

Deux heures de pédalage plus tard nous nous arrêtons au bord de la route et malgré les grognements d’Anne nous escaladons une colline pour prendre un peu de hauteur sur le coin qui s’est soudainement mis à se vallonner. Et la vue est simplement magnifique, avec les chaînes de montagne de Seymour Range et Mt Breaden qui découpent l’horizon rectiligne en douces courbes.

Nous décidons de quitter un peu l’autoroute et de faire un détour par Henbury Meteorite Craters, exigeant un détour de 15 kilomètres sur une piste pourrie car très empruntée par les touristes, la route, dénommée Giles Rd, continuant ainsi jusqu’à Kings Canyon et permettant un bon raccourci à ceux qui sont en 4x4 (ou ceux qui n’ont pas peur de pourrir leur bagnole ou de rester coincé dans le sable).

La promenade autour des restes des cratères créés par une météorite de plusieurs tonnes tombée il y a 4.700 ans est plutôt intéressante, mais aussi relativement courte, seulement 15 minutes. Vu le temps qu’on a mis à pédaler sur la piste pourrie pour venir ici c’est un peu court quand même.

On commence à avoir notre petit rituel du soir à faire un feu dans le sable pour faire cuire notre pain pour le lendemain, ce qui permet également d’économiser un peu de gaz pour le réchaud et surtout de se réchauffer un peu avant d’aller se coucher.

Nous discutons avec Donna et Lawrence, un couple de tasmaniens à la retraite qui ont décidé de prendre un an pour faire un tour d’Australie. Comme nous ils adorent la randonnée et ne loupent pas une occasion de marcher. Ils nous recommandent d’ailleurs d’escalader la crête qui surplombe les cratères pour avoir une meilleure vue. Ça tombe bien c’est exactement ce qu’on avait prévu !

Et c’est ce que nous ferons, mais demain, après une bonne nuit de repos sous un magnifique ciel étoilé, comme toutes les nuits quasiment. En France il serait impossible de voir un ciel aussi beau, aussi clair, aussi détaillé, même au plus profond de la campagne. Ici nous sommes à des centaines de kilomètres du moindre hameau, aucun réverbère ou même aucune prise électrique à des lieues à la ronde. Et ce n’est pas une mauvaise chose…

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2015-12-12T14:31:00+01:00
https://detours.journalintime.com/Oodnadatta-Track-partie-6-Oodnadatta-a-Marla Oodnadatta Track, partie 6 — Oodnadatta à Marla Après ces derniers jours passés à batailler contre le vent puis contre la boue nous prenons un jour de congé bien mérité à Oodnadatta. Même si le patelin est un peu bordélique, avec souvent de la musique jusque tard dans la nuit, des gens qui crient, les chiens, etc. bref c'est assez « vivant ». Il y a même le cuistot de la roadhouse qui joue de la guitare toute la journée, un peu comme le groupe de musique dans le film Samson & Delilah de Warwick Thornton. Pas désagréable comme ambiance en réalité, disons que les jardins remplis de carcasses de voitures contrastent avec

Après ces derniers jours passés à batailler contre le vent puis contre la boue nous prenons un jour de congé bien mérité à Oodnadatta. Même si le patelin est un peu bordélique, avec souvent de la musique jusque tard dans la nuit, des gens qui crient, les chiens, etc. bref c’est assez « vivant ». Il y a même le cuistot de la roadhouse qui joue de la guitare toute la journée, un peu comme le groupe de musique dans le film Samson & Delilah de Warwick Thornton. Pas désagréable comme ambiance en réalité, disons que les jardins remplis de carcasses de voitures contrastent avec les habituels quartiers résidentiels australiens propres sur eux à la limite de la parodie de sitcom.

Malgré tout, les seuls luxes nécessaires à notre repos sont une prise électrique, une douche chaude, et une source quasi-illimitée de burgers bien gras. Ainsi malgré l’activité nocturne on se repose bien. On visite le musée local, étonnamment grand et intéressant, traitant autant de l’histoire ferroviaire du coin que de la culture aborigène et des voyages des enfants de l’école.

Quand vient le temps de reprendre la route nous constatons qu’elle a eu le temps de sécher, même si elle est encore parfois collante ou jonchée d’énormes flaques d’eau. Pour notre premier jour de reprise nous ne pédalons que 18 kilomètres, tranquille, avant de déguster le fish and chips que nous avons pris à la roadhouse le matin. Nous campons à l’intersection pour Dalhousie Springs, où il est possible de partir vers le nord sur des pistes particulièrement sableuses pour rejoindre Alice Springs par la Finke Road. Mais nous, nous allons prendre la route « facile »  : 200 kilomètres de piste pour rejoindre la Stuart Highway, la route nationale goudronnée qui traverse de Darwin à Adelaide. On se réjouit à l’avance de retrouver le goudron, en espérant que le vent sera avec nous.

Les jours se suivent, les uns après les autres, à une vitesse satisfaisante, sans tellement de difficulté, nous sommes satisfaits de pouvoir avancer de plus de 50 kilomètres chaque jour, même si nous terminons chaque journée complètement épuisés, ayant à peine assez d’énergie pour planter la tente et nous étendre avant de manger et dormir. Il faut aussi dire que cette section n’est pas des plus passionnantes par rapport au reste de l’Oodnadatta Track, mais les paysages sont quand même parfois sublimes. Nous croisons des vaches, des kangourous, des émeus, mais aussi des trous d’eau et des fleurs qui poussent au bord de la route, apportant des couleurs surprenantes au bush environnant.

Cette partie est presque relaxante et apaisante. Le faible trafic doit jouer. Avec moins d’une dizaine de voitures par jour, on ne peut pas dire que ce soit une route très passante. Malgré tout, une nuit nous sommes réveillés vers 3h du matin par un grondement, et le sol qui tremblait. Tremblement de terre ? Non, simplement le passage de trois road trains sur la route, à 500 mètres de notre camping. Nous les re-croiserons le lendemain dans l’autre sens, chargés de bétail, probablement destiné à l’export international. Heureusement vu leur bruit et l’immense nuage de poussière qu’ils dégagent on les entend et voit venir de loin.

Comme précédemment nous trouvons de l’eau régulièrement dans les auges pour le bétail, nous permettant de ne pas transporter trop d’eau, de plus la température clémente fait que nous buvons peu.

Pourtant certains côtés restent désagréables. Les vibrations de la route qui me détruisent les poignets et les genoux, les cadavres de vaches à l’odeur pestilentielle, et le sol tassé par les troupeaux qui rend impossible le plantage des sardines de la tente, dans des endroits sans arbres et sans gros cailloux non plus. Un soir nous passerons plus d’une heure à trouver un coin plat et abrité du vent qui permette de planter la tente. Nous avions trouvé un coin sympa dans une rivière à sec, juste avant de voir le cadavre de vache en décomposition à dix mètres de là. Dommage.

Finalement le compteur atteint 2.500 kilomètres et nous arrivons à Marla, station service sur la Stuart Highway, où nous retrouvons les hordes de touristes, grey nomads et road trains. Et des tarifs simplement hallucinants pour le peu de nourriture vendue ici. Dix dollars le paquet de gâteaux de 200 grammes. C’est ça aussi l’outback, profiter des touristes et des aborigènes qui n’ont pas d’autre alternative.

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2015-12-10T10:04:56+01:00
https://detours.journalintime.com/Oodnadatta-Track-partie-5-William-Creek-a-Oodnadatta Oodnadatta Track, partie 5 - William Creek à Oodnadatta Après William Creek, la route s'améliore, elle vient juste d'être refaite. Alors oui c'est toujours du sable et de la terre compactés, mais c'est plutôt lisse, sans trop de cailloux, et ça roule bien comme piste. Alors malgré le vent de face on parvient tout de même à aligner 25 kilomètres en deux heures avant de s'arrêter pour manger à l'ombre de quelques eucalyptus dans un lit de rivière à sec. Les vaches sont présentes ici en nombre, et les mouches aussi, depuis quelques jours c'est le déferlement. En même temps on est heureux d'avoir pu passer quelques semaines

Après William Creek, la route s’améliore, elle vient juste d’être refaite. Alors oui c’est toujours du sable et de la terre compactés, mais c’est plutôt lisse, sans trop de cailloux, et ça roule bien comme piste. Alors malgré le vent de face on parvient tout de même à aligner 25 kilomètres en deux heures avant de s’arrêter pour manger à l’ombre de quelques eucalyptus dans un lit de rivière à sec.

Les vaches sont présentes ici en nombre, et les mouches aussi, depuis quelques jours c’est le déferlement. En même temps on est heureux d’avoir pu passer quelques semaines dans l’outback sans les mouches, mais maintenant c’est à nouveau l’horreur. Les mouches australiennes se nourrissent et reproduisent dans les excréments gras et riches des animaux qui ne digèrent pas très bien. Autant dire que quand les premiers colons ont débarqué avec les premières vaches et moutons, les mouches ont fait la fiesta, car c’était le début d’une grande ère de conquête pour elles. En effet les excréments des herbivores australiens (wombat, kangourou, etc.) sont plutôt secs et bien digérés, il ne reste pas grand chose pour les mouches. C’est pour cela qu’on y gagnerait pas mal à manger du kangourou plutôt que du bœuf : ces animaux ne produisent pas de gaz à effet de serre.

Le bétail par contre, ça produit des excréments mal digérés (en plus de pas mal de méthane), et comme en Australie il n’y a pas vraiment d’insecte qui s’en nourrit, les bouses de vaches restent là à sécher au soleil, et à rester encore et encore, jusqu’à recouvrir toute la surface et empêcher la végétation de pousser. Ça veut donc dire qu’élever du bétail ici au centre de l’Australie est une idée plutôt mauvaise car en plus de manger la végétation, le bétail empêche de nouvelles plantes de faire surface. C’est un cercle infernal qui mène à la désertification progressive de la région. Mais revenons aux mouches : chaque bouse de vache peut produire plusieurs milliers de mouches chaque jour. Les grands élevages australiens disposent des centaines de milliers de têtes de bétail. Voici pourquoi les mouches sont si abondantes.

Oui mais, il y a un mais. En effet les mouches ne survivent pas et ne se reproduisent pas non plus quand il fait trop froid, donc on est tranquilles une bonne partie de l’année, car toute la population de mouches disparaît de la moitié sud de l’Australie. Au nord, région tropicale, elles continuent à proliférer. Et quand au printemps le vent souffle du nord, il apporte avec lui des millions et millions de mouches, qui avancent chaque jour, jusqu’à atteindre à nouveau les régions du sud. Et voici pourquoi certaines années les mouches n’arrivent pas avant mai, juin, ou juillet, à cause du climat et des vents. Il y a deux ans nous étions en mai dans les Flinders Ranges et nous étions assaillis par les mouches, sous de fortes chaleurs. Cette année nous y étions en juin, il faisait plutôt frais, et les mouches étaient quasiment inexistantes. Un sacré contraste.

Et ces mouches donc si elles se contentaient de voler autour de nous, elles ne seraient pas si horribles. Mais pour développer leurs ovaires et se reproduire les femelles ont besoin de protéines. Et qui détiennent ces fameuses protéines ? Les animaux, et les humains. Elles sont particulièrement présentes dans notre sueur, dans la salive, sur les muqueuses (nez, yeux), etc. Voilà pourquoi ces terribles bestioles essayent par tous les moyens de s’introduire dans votre nez, vos oreilles, votre bouche ou vos yeux. Et vous comprenez d’un coup à quel point ces insectes sont une peste. Et à quel point cela démontre une fois pour toute que dieu n’existe pas, car quel est le crétin qui aurait créé une espèce de mouches aussi chiante ?

Et voici pourquoi et comment nous sommes contraints à pédaler avec un filet à mouches sur la tête, ultime accessoire de mode du bush australien.

Après cette journée relativement tranquille on atteint une section de la route en mauvais état : graviers, cailloux, bosses et sable. On s’arrête peu après pour la nuit au bord de Duff Creek, à sec, comme toutes les rivières de la région. Nous creusons le sable pour faire un feu de camp et faire cuire notre pain pour le lendemain dans les braises. Une soirée habituelle mais agréable, à se réchauffer au bord du feu en buvant du thé et mangeant des cookies.

Le jour suivant sera moins agréable. En fait ça sera même le pire de l’Oodnadatta Track. Ça commence bien pourtant, le propriétaire de la ferme de Nilpinna s’arrête au volant de son pick-up et nous offre deux grosses oranges bien mûres. Ça c’est vraiment sympa. Les gens qui habitent dans ces coins paumés sont toujours aussi gentils je trouve, ils se plieraient en quatre pour vous aider.

Mais dix minutes plus tard l’humeur n’est plus au beau fixe : la route est difficile, et un très fort vent de face nous oblige à redoubler d’efforts, suant et pestant, pour atteindre la simple vitesse de pédalage de 5 km/h. En une heure et demie nous ne faisons que six kilomètres. Au prix de tant de souffrances physiques à pédaler contre les éléments que je suis déjà complètement épuisé. Je m’effondre au bord de la route et fonds en larmes, je ne peux plus avancer, et je ne le veux plus.

J’ai l’impression de ne pas être à la hauteur de cette aventure, de ne pas avoir la force physique et mentale pour faire tout ça. Je dépense tellement d’efforts ce matin-là pour n’avancer de rien du tout. Et que c’est simplement trop dur pour moi. Que la souffrance physique et psychologique est trop importante. Et je ressens d’un coup toute la pression que je me suis mis à faire ce voyage. Comme si j’avais quelques chose à prouver, aux autres et à moi-même. Prouver quoi d’abord ? Et la pression de l’organisation. J’ai planifié l’itinéraire, lu de nombreux récits, organisé les cartes, recherché les points de ravitaillement en eau et nourriture, et je sens ma responsabilité vis à vis de nous deux, que si quelque chose ne va pas, ça serait de ma faute. J’ai donc depuis le départ l’appréhension de ne pas avoir bien calculé nos besoins en nourriture ou en eau, et de devoir rationner. Et c’est toute cette pression et ce stress qui me tombent dessus d’un coup, avec toutes mes angoisses, mes peurs et la fatigue accumulée, et je craque, là, au bord de la route, épuisé de n’avoir fait que six kilomètres. Ne comprenant pas comment d’autres peuvent faire cette route à vélo en six ou sept jours quand pour moi il faudra deux à trois semaines.

Heureusement, voyager à deux comporte des avantages et notamment celui de pouvoir se soutenir quand l’autre flanche, et après un peu de repos, avec l’aide d’Anne pour me réconforter, nous reprenons la route. On ne peut pas décemment s’arrêter là au milieu de la plaine, il n’y a aucun arbre, aucun abri du vent, si on plantait la tente elle serait aplatie sur nos têtes. Le problème c’est qu’on sait qu’il n’y aura sûrement aucun abri avant la prochaine rivière à sec, Edward Creek, dans 15 kilomètres.

À midi nous nous abritons derrière un petit arbuste de 50 cm de haut pour manger. Nous devons mettre le réchaud dans un terrier de lapin pour l’abriter du vent mais on arrive quand même à faire bouillir de l’eau pour notre semoule de couscous. Mais notre repos est de courte durée, car si nous sommes à l’abri du vent, les mouches le sont aussi et profitent de ce fait pour nous assaillir de plus belle. Nous avons donc le choix entre être exposés au vent, sans mouches qui ne peuvent pas lutter contre sa force, ou à l’abri du vent mais attaqués par des hordes de mouches. Peu reposant. Nous n’avons qu’une hâte c’est de planter la tente et nous y allonger. Mais il faudra encore sept kilomètres contre ce vent de face pour atteindre le lit d’Edward Crek, à l’abri du vent, sous de grands eucalyptus qui nous offrent de l’ombre et un refuge bien mérité.

À moins d’un kilomètre de là se trouvent les ruines de l’ancien hameau au bord de la voie ferrée du Ghan. Il ne reste plus grand chose, les poutres des toits et vérandas ont été arrachées pour faire du feu, les cuisinières en fonte, faites à la main et datant de la fin du XIXe ont été trainées sur des centaines de mètres et défoncées avant d’être laissées là à pourrir. Dommage, le lieu avait l’air chouette.

Un peu plus loin une auge à bétail laisse couler de l’eau légèrement salée, pompée dans un puits artésien. J’en profite pour y prendre de l’eau et me doucher un peu plus loin, histoire de laver un peu la sueur et l’amertune d’une journée de six heures pour seulement ving-deux kilomètres.

Le lendemain bonne nouvelle le vent a tourné, il souffle désormais dans notre dos ! On avance de 57 kilomètres en quatre heures, malgré des passages sableux nous obligeant à pousser ou nous faisant parfois tomber de vélo, sans parler de longs passages de corrugation. Mais le vent dans le dos fait des miracles pour la motivation.

Nous atteignons Algebuckina waterhole en fin de journée, où nous croisons un autre cottage de travailleurs dans un état de délabrement avancé, à vrai dire il n’existe plus de toit, et tous les murs sont troués, la faute au ciment improvisé local, composé de sable et de terre. Il est particulièrement apprécié par les termites locales qui l’utilisent pour construire leurs nids.

Peu après nous sommes sous le pont gigantesque de 600 mètres de long qui enjambe le trou d’eau permanent, le seul point d’eau de la région qui n’a jamais été à sec de mémoire d’homme. Et cet oasis est un vrai paradis pour les animaux du coin, notamment les oiseaux. On y voit même des pélicans.

Le pont lui-même est dédié à l’ancienne voie ferrée du Ghan, la route passe en dessous, dans un gué, qui est parfois inondé quand la rivière coule après de fortes pluies. Et quand c’est inondé c’est pas une blague : l’eau monte jusqu’à dix mètres au dessus de la route. C’est lors d’une de ces inondations dans les années soixante-dix que Fred, un mec du coin, a voulu traverser le pont avec sa voiture. Pensant que le train ne passerait pas cette nuit-là, il a fait méticuleusement avancer sa voiture sur le pont, mètre par mètre. En effet il plaçait devant la voiture des planches sur la voie ferrée, avançait un peu la voiture, puis allait reprendre les planches derrière la voiture (en escaladant la voiture, car le pont n’a aucun accès piéton, c’est le vide à côté des rails), en les remettant devant, etc. Mais il avait mal jugé l’obstination des conducteurs de trains… Et alors qu’il était à la moitié du pont le train est arrivé dans l’autre sens… La carcasse de la voiture gît maintenant au pied du pont. Fred lui a pu s’en sortir, mais l’histoire illustre un peu l’esprit de débrouille des habitants de l’outback !

Après une nuit au bord du waterhole on se réveille sous le bruit de la pluie sur la toile de la tente. On attend un peu puis on décide quand même de partir, par peur que la route soit trop collante si la pluie continue. Heureusement au moment de ranger la tente la pluie cesse. Mais le chemin d’accès du camping, à seulement un kilomètre de la route et du pont, est devenu un vrai autocollant à la superglue et nous mettrons presque une heure à rejoindre la route, à devoir gratter nos pneus tous les dix mètres pour empêcher de bloquer les roues contre les garde-boues. Heureusement nous n’avons aucun problème sur la route.

Avec le manque de sommeil de la nuit à cause d’une insomnie je suis crevé et la progression est difficile, mais les paysages sont magnifiques. La pluie n’a fait que renforcer les couleurs pastels des plaines de cailloux et la végétation s’est tout de suite frayée un chemin à travers la croûte de terre sèche pour profiter de la pluie. Ainsi des petites feuilles vertes sortent de partout dès qu’on prend le temps de regarder de près.

Nous plantons la tente au bord de l’ancienne voie ferrée après une journée harrassante à travers les cailloux et le sable.

Il pleuvra une bonne partie de la nuit. Une pluie fine et discrète, mais de quoi nous inquiéter quand même. Et dès que l’on sort, nos chaussures se couvrent d’une semelle de boue de plusieurs centimètres, n’augurant rien de bon. Malgré nos efforts la tente est rangée boueuse également, ne pouvant faire autrement.

Une fois que nous avons porté les vélos jusqu’à la route pour éviter la plaine boueuse nous pédalons 500 mètres avant d’être arrêtés net. 500 mètres de route correcte, puis un kilomètre d’argile mélangée à une espèce de roche semblable à de la craie. Autant dire qu’une fois mouillée on ne fait pas pire comme surface. Nous ne sommes qu’à 22 kilomètres d’Oodnadatta, et cela s’annonce comme une très, très longue journée.

Le cauchemar ne fait que commencer, et nous essayons de nous en extirper. Nous raclons les pneus, démontons les garde-boues, et poussons les vélos à côté de la route, dans la plaine de cailloux, où nous espérons que la surface sera moins collante. Ça marche un peu. Puis les cailloux s’enfoncent dans la boue, et ça recommence. Malgré tout nous revenons sur la route, où nous voyons désormais du gravier rouge. Ça roule pendant quatre kilomètres. Puis le gravier est devenu boue rouge. Et à côté de la route pareil, aucune échappatoire. Les roues se bloquent, même sans garde-boue, en quelques mètres la couche de boue sur les pneus est de plusieurs centimètres.

Nous devons alors enlever les sacoches des vélos, porter les sacoches sur 500 mètres, puis revenir et porter les vélos, et recommencer. Nous ferons deux kilomètres comme ça avant d’être épuisés et de s’asseoir au bord de la route pour se reposer un peu. De nombreux 4x4 passent sans difficulté, certains nous demandent si ça va, mais aucun n’accepte de nous aider et nous emmener jusqu’à Oodnadatta dans 20 kilomètres.

Il était maintenant passé midi, le soleil commençait à taper plus fort et la route est devenue progressivement plus sèche, nous permettant de rouler au ralenti. Nous atteignons finalement une intersection sur la route, six kilomètres avant Oodnadatta. Et ces derniers kilomètres seront les pires jamais rencontrés. Pas de boue qui colle, mais un sable boueux et mou qui nous colle littéralement à la route. C’est à 4 km/h que nous avançons en déployant nos dernières forces, épuisés et à bout de cette journée pourrie. Et alors que je croyais ne jamais y arriver nous atteignons enfin la roadhouse d’Oodnadatta, où nous prenons un emplacement de camping et pouvons enfin profiter d’un peu de repos, d’une bonne douche chaude et d’un excellent burger. Si chaque client de fast food devait fournir autant d’efforts que nous avant de manger un burger, il n’y aurait probablement plus de fast food depuis longtemps.

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2015-11-28T11:31:00+01:00
https://detours.journalintime.com/Oodnadatta-Track-partie-4-Coward-Springs-a-William-Creek Oodnadatta Track, partie 4 - Coward Springs à William Creek Après une nouvelle nuit d'insomnie à me retourner sur mon matelas gonflable je suis impatient de voir le jour se lever. Pour une feignasse comme moi ce genre de pensée est plutôt irréaliste, difficile de se dire qu'on sera soulagé de se lever tôt, alors que la plupart du temps je passe mon temps au lit, à dormir dix à douze heures par nuit. Ces jours-ci si j'arrivais à dormir plus d'une heure ou deux on pourrait appeler ça une bonne nuit. Mais ça n'arrive même pas. J'observe donc le soleil se lever par la porte du cottage abandonné. Et, bonne surprise, le vent est enfin Après une nouvelle nuit d’insomnie à me retourner sur mon matelas gonflable je suis impatient de voir le jour se lever. Pour une feignasse comme moi ce genre de pensée est plutôt irréaliste, difficile de se dire qu’on sera soulagé de se lever tôt, alors que la plupart du temps je passe mon temps au lit, à dormir dix à douze heures par nuit. Ces jours-ci si j’arrivais à dormir plus d’une heure ou deux on pourrait appeler ça une bonne nuit. Mais ça n’arrive même pas.

J’observe donc le soleil se lever par la porte du cottage abandonné. Et, bonne surprise, le vent est enfin tombé. Nous pédalons une quinzaine de kilomètres pour atteindre le village abandonné de Strangway Springs. Après deux kilomètres de piste 4x4 terriblement sableuse et cabossée qui aura pour résultat de créer de multiples trous dans notre poche d’eau de 10 litres nous laissons les vélos pour faire une courte balade. Le chemin traverse les ruines de cet ancien hameau où l’activité principale était le relai télégraphique de la ligne Londres-Sydney installée en 1872, à l’époque vue comme la plus grande réussite de l’ingénierie britannique. Les poteaux eux-même ont été transportés à dos de chameaux, car il n’y aucun arbre à des centaines de kilomètres à la ronde. Et il y avait donc des relais espacés régulièrements. Et à chaque relais une maison avec l’opérateur et sa famille, en général entouré d’assistants et d’aborigènes. L’opérateur devait faire exactement ce que le nom de relais indique : noter chaque message reçu, puis le transmettre (en morse, toujours) jusqu’au relais suivant. Inutile de dire que quand on habitait à Sydney, ça mettait un peu de temps pour télécharger un morceau de Lady Gaga.

De nos jours il ne reste de la ligne télégraphique que les ruines des maisons-relais et quelques poteaux préservés pour les touristes. Plus grand chose donc. Et ici il reste quelque chose de plus intéressant que des vieilles pierres : et oui, encore des « mound springs », et un sacré paquet. Hélas la plupart sont asséchées depuis le siècle dernier, mais certaines continuent à couler. Mais même sans la (relative) profusion d’eau d’une époque passée, le paysage reste surprenant. Ces dizaines de monticules étranges, certains surmontés d’arbustes ou d’herbes issues de marécages perturbent les habitudes. En effet on ne s’attend pas à voir de l’eau au sommet d’une colline, et encore moins de la végétation qui se retrouve en général dans les vallées. Et pourtant chaque monticule, créé au fil des milliers d’années par les sédiments apportés par l’eau poussée depuis le bassin aquifère souterrain, crée une végétation inattendue et superbe. Et de l’eau, ici, c’est toujours aussi surprenant.

Si les journées sont plutôt agréables, sous le soleil et le ciel bleu, les nuits sont plutôt fraîches. Dès que le soleil se couche on enfile polaire et doudoune. Cette nuit nous aurons encore 4 degrés. Nous nous installons au sommet d’une superbe dune de sable rouge à côté des ruines d’Irrapatana Siding. Et encore une fois après avoir installé la tente nous passerons un certain temps à sonder le tapsis de sol de la tente à la recherche de ce que nous appelons « bord** de sal**erie de put*** de picots ». Ces régions désertiques que nous traversons depuis plusieurs semaines sont en effet victimes de la prolifération des fruits des plantes du coin, qui ont développé un mécanisme de défense singulier contre les herbivores : des pointes acérées comme des couteaux, solides comme du titane. Et comme il y a des épines de tous les côtés, vous pouvez être sûr de vous le prendre dans le pied. Ainsi je n’ai pas longtemps gambadé pieds nus sur la dune, content de pouvoir mettre mes pieds sur le sable. Jusqu’au premier picot. Aïe.

Heureusement nous n’avons pas eu de problème de crevaison à cause de ça, nos pneus sont à toute épreuve il semblerait, merci monsieur Schwalbe. Mais je n’ai pas la même confiance pour nos matelas. Alors tous les soirs on vérifie, et on passe un bon bout de temps à ramper sous le tapis de sol pour enlever les picots qui restent coincés sous la tente… Pas vraiment ce qu’on a envie de faire après une journée de pédalage épuisante.

Au réveil le thermomètre indique 0°C et le givre sur la tente et les vélos confirme le fait. Mais dès que le soleil se lève il fait bon. Et très peu de mouches jusque là, ce qui est appréciable. Ce matin nous sommes motivés par la perspective de manger au pub de William Creek à midi. Ça fait déjà quelques jours qu’on pense à un bon gros burger bien goûtu. Non pas que manger des pâtes et de la semoule tous les jour nous dérange, mais bon quand on sait qu’on va pouvoir s’offrir un peu de luxe, on en bave d’avance. Malgré tout, notre motivation est rapidement mise à mal par la route particulièrement cabossée qui nous ralentit.

À William Creek, micro-patelin qui n’offre aucun autre service qu’un pub, un camping et un avion de tourisme pour survoler Lake Eyre, on profite enfin d’un méga-burger bien gras, excellent. On casse même la tirelire pour se payer un cidre à 7,50$ le verre. Le prix de l’outback. Heureusement la barmaid plutôt sympa nous propose de remplir nos réserves d’eau potable. Car ici pas d’eau potable, il faut normalement payer ($5 la bouteille d’un litre, et il nous faudrait 40 litres… soit $200 !) car l’eau du puits artésien local est bien trop salée pour être bue.

Quelques dix kilomètres plus loin on termine la journée en campant au bord de la route déserte. On fait brûler un morceau de traverse de chemin de fer pour faire cuire des pommes de terre. Comme on n’est pas très doués elles finiront brûlées. Comestibles, mais plutôt désséchées. Encore une nuit fraîche, le thermomètre descend en dessous de -5°C, et dans les dernières heures de la nuit impossible de me rendormir à cause du froid. La journée en t-shirt, la nuit en doudoune, emmitouflé au fond du sac de couchage. C’est ça aussi l’outback australien.

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2015-11-24T14:33:00+01:00
https://detours.journalintime.com/Oodnadatta-Track-partie-3-Lake-Eyre-a-Coward-Springs Oodnadatta Track, partie 3 - Lake Eyre à Coward Springs Après avoir levé le camp et parcouru quelques kilomètres nous rejoignons le bord du lac de sel, descendant en vélo et espérant pouvoir essayer d'y rouler. Hélas c'est un effort vain : même si la surface a l'air lisse et solide, ce n'est qu'une fine croûte de sel craquante qui recouvre une épaisse couche de boue et d'argile, on s'enfonce, impossible de pédaler, même à pied cela requiert un effort considérable pour avancer. Comme de la neige mais en plus collant. Anne avec ses petits pieds a du mal à garder ses chaussures aux pieds et finit par les enlever pour marcher

Après avoir levé le camp et parcouru quelques kilomètres nous rejoignons le bord du lac de sel, descendant en vélo et espérant pouvoir essayer d’y rouler. Hélas c’est un effort vain : même si la surface a l’air lisse et solide, ce n’est qu’une fine croûte de sel craquante qui recouvre une épaisse couche de boue et d’argile, on s’enfonce, impossible de pédaler, même à pied cela requiert un effort considérable pour avancer. Comme de la neige mais en plus collant.

Anne avec ses petits pieds a du mal à garder ses chaussures aux pieds et finit par les enlever pour marcher pieds nus. Ça a l’air rigolo de marcher dans la boue, mais rapidement le sel rend les choses moins marrantes : toute coupure, même minuscule se met à piquer très fort. Évidemment, il fallait y penser. Du coup je suis content d’avoir gardé mes chaussures. Encore plus après quand elle doit nettoyer ses pieds de la boue et du sel qui collent à la peau pour pouvoir remettre ses chaussures.

On s’amuse pas mal à marcher sur le lac et à admirer ce paysage unique et incroyable, une heure passe sans qu’on ne se rende compte, et il est déjà temps de repartir sur la route.

Nous faisons une pause au cottage abandonné de Curdimurka, où a lieu un bal déguisé tous les ans. Drôle de lieu.

Plus nous avancons sur la route et plus nous nous rendons compte qu’il y a en réalité de l’eau partout. Oh il y a bien sûr les trous d’eau qui restent dans les rivières, mais cette eau-là est bien trop salée pour être consommée. Mais il y a en réalité régulièrement des puits artésiens avec une eau en général légèrement salée mais totalement consommable. On se rend compte qu’on aurait pu ne pas nous alourdir de vingt litres d’eau chacun, car nous croisons au moins un robinet d’eau tous les deux jours. Parfois ce n’est pas un robinet à proprement parler mais une auge à eau pour le bétail, mais on peut y prendre de l’eau sans problème.

Le soir nous arrivons à Wabma-Kadarbu Mound Springs Conservation Park, où nous pouvons témoigner d’un des plus beaux paysages que nous ayons vus sur le chemin. Ici subsistent certaines des dernières sources artésiennes qui jaillissent au sommet d’une petite colline, dénommées « mound springs » (sources-collines). Dernières, car le nombre de forages dans le bassin artésien est si important, que la pression dans les sources naturelles a baissé. Et la plupart de celles-ci sont aujourd’hui à sec, ou alors ne sont plus qu’un faible ruissellement. Là où avant elles étaient puissantes et formaient de larges marécages il ne reste plus que des paysages lunaires à cause des résidus de sel.

Ce n’en est pas moins sublime. Blanche Cup par exemple est une source d’eau parfaitement potable au sommet d’une petite colline, qui coule lentement et produit une végétation étrange pour le lieu, tel cet eucalyptus, le seul qui pousse naturellement à des dizaines de kilomètres à la ronde.

Mais il y a de quoi être un peu triste quand on va voir « The Bubbler », une source qui aujourd’hui produit une eau tiède et quelques bulles. Pas très impressionnant quand on pense qu’avant les bulles montaient jusqu’à 50 cm au dessus de l’eau, et en 1897 Jerome Murif, le premier cycliste à traverser l’Australie d’Adelaide à Darwin décrivait le lieux comme ceci :

« L’autre source est connue localement sous le nom de "Boiling Spring". Coulant plus fortement que Blanche Cup, elle bout et produit de grosses bulles au centre, non pas par la tempérture mais par la force avec laquelle l’eau est poussée vers la surface. La température de la source est d’environ 37°C. Un cercle de sable et de sédiments d’environ un mètre de diamètre est en mouvement constant autour des bulles du centre, et autour est un cercle d’eau parfaitement claire. Le tout est entouré par un autre cercle de roche blanchâtre d’un mètre de large.
Environ une fois toutes les demi-heures le sable retombe au centre et bouche l’arrivée d’eau. Avec la pression cela produit une grosse bulle qui s’élève à la surface et libère le passage pour l’arrivée d’eau. De larges bulles s’élèvent à la surface, un grondement se fait entendre et la source se remet à produire de petites bulles jusqu’à ce que le cycle se répète. »

Seulement dix ans plus tard le vélo était devenu le principal moyen de transport des tondeurs de moutons, des travailleurs saisonniers et même des prêtres dans l’outback australien. Imaginez un peu ces hommes et femmes qui traversaient le bush sur des vélos de ville, sans vitesses, sans garde-boues, sans suspensions, sans freins, et même sans roue libre, exigeant ainsi de pédaler tout le temps, et gare si vous perdiez les pédales en descente, plus aucun moyen de freiner ! Et eux ne transportaient pas 20 litres d’eau ou 20 kilos de nourriture, ils se contentaient d’une couverture, une brosse à dents, un fusil, une gourde et quelques outils et pièces pour le vélo. Pour la nourriture ils chassaient sur la route ou s’arrêtaient dans les quelques fermes et rares hôtels sur la route, profitant de l’hospitalité des habitants du bush australien. Alors nous, notre périple, vous pensez bien, à côté de ça, ce n’est que du grand confort et du grand luxe avec notre tente, matelas gonflable, duvet de canard et nutella au petit déjeuner !

Onze kilomètres plus loin nous rejoignons Coward Springs. Cet ancien hameau au bord de la voie ferrée profitait auparavant d’un hôtel et d’un forage artésien si puissant qu’il a donné naissance à un bain à bulles réputé pour les voyageurs du Ghan. Depuis, afin de réduire la perte de pression du grand bassin artésien australien, le puit a été re-percé pour pouvoir installer une valve et réduire la pression. Le spa « naturel » de nos jours est donc en réalité une pompe électrique qui crée les bulles comme auparavant. L’eau qui coule du spa est déversée dans le marécage afin de préserver cet oasis créé artificiellement il y a plus d’un siècle.

Du hameau il ne reste aujourd’hui que deux bâtiments qui ont été restaurés dans les années quatre-vingt-dix par les nouveaux propriétaires. L’un est leur maison l’autre est un petit musée sur l’histoire du lieu, la faune du marécage et le Ghan. Il reste aussi une quantité phénoménale de morceaux de verre, résultat d’un certain nombre de bouteilles et verres bus au pub de l’hôtel au siècle dernier. Les propriétaires ont aussi créé un camping « écolo » très sympa, avec douches chauffées par le classique « donkey » au feu de bois. Nous ne profitons pas du camping mais ne manquons pas de nous baigner dans le spa, particulièrement agréable après plusieurs jours de pédalage. Nous faisons aussi le plein d’eau potable grâce aux réservoirs d’eau de pluie. L’eau du puits artésien est aussi potable mais légèrement salée. Nous trouvons le lieu particulièrement joli, agréable et reposant. D’ailleurs il est à vendre. Mais je n’ai pas mon chéquier sur moi, dommage.

Après un déjeuner bien fourni on reprend la route pour rejoindre l’ancien cottage de Beresford. On y trouve un refuge bienvenu, et en faisant du feu dans la cheminée on a un peu moins froid. La température descend encore en dessous de 5°C chaque nuit en ce moment.

Beresford est situé sur les terres de l’empire de bétail de Sidney Kidman, autrement connu comme étant le plus grand élevage de bétail au monde. Le nom de cet élevage c’est Anna Creek, et il est plus grand que la Belgique. Sauf qu’il n’y a que dix habitants. Il est aussi à vendre, tout l’empire de Kidman, pour la modique somme de plusieurs centaines de millions de dollars. Mais bon, comme je disais j’ai laissé mon chéquier en France, dommage.

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2015-11-24T14:31:00+01:00
https://detours.journalintime.com/Oodnadatta-Track-partie-2-Marree-a-Lake-Eyre Oodnadatta Track, partie 2 - Marree à Lake Eyre Après une nuit dans le camping gratuit derrière l'unique hôtel de Marree (et un repas cher, peu fourni et sans goût), nous entamons l'Oodnadatta Track proprement dit en passant devant le bâtiment du Lake Eyre Yacht Club. Pour ceux qui n'ont pas compris le gag, le lac Eyre est un lac de sel, et l'eau n'y parvient qu'une fois tous les dix ans en moyenne, donc y faire du bateau n'est pas vraiment une activité typique. La route est bonne et déroule sous nos pneus une surface principalement lisse, et malgré le ciel bleu et le beau soleil le moral n'est pas au beau fixe : le vent qui

Après une nuit dans le camping gratuit derrière l’unique hôtel de Marree (et un repas cher, peu fourni et sans goût), nous entamons l’Oodnadatta Track proprement dit en passant devant le bâtiment du Lake Eyre Yacht Club. Pour ceux qui n’ont pas compris le gag, le lac Eyre est un lac de sel, et l’eau n’y parvient qu’une fois tous les dix ans en moyenne, donc y faire du bateau n’est pas vraiment une activité typique.

La route est bonne et déroule sous nos pneus une surface principalement lisse, et malgré le ciel bleu et le beau soleil le moral n’est pas au beau fixe : le vent qui hier nous poussait s’est retourné aujourd’hui et nous ralentit fortement. Pour compenser les paysages sont simplement magnifiques et contrairement à nos attentes plutôt verts, avec une végétation rase omniprésente et florissante. Après tout nous sommes encore en hiver, les températures sont agréables et il a même plu le mois dernier.

Et pour varier les vestiges de l’ancienne ligne du Ghan nous divertissent beaucoup. Des anciens réservoirs d’eau géants suspendu à plus de 15 mètres de hauteur aux ponts rouillés et décrépis surplombant des rivières de sable qui ne coulent que lors des très rares inondations, jusqu’aux petits lacs de sel créés artificiellements par le passage de la voie ferrée.

Le soir nous nous installons dans le seul endroit abrité du vent à des kilomètres à la ronde : dans les ruines de l’ancien cottage de Wangianna. Ici vivaient les « fettlers », ces travailleurs qui s’occupaient de l’entretien du chemin de fer. Quelle drôle de vie ça devait être. Difficile à imaginer de passer sa vie dans un endroit si reculé, avec rien d’autre à l’horizon que l’infini des plaines.

Malgré tout notre abri n’est pas si efficace que cela, et les fenêtres et portes (sans fenêtres ni portes) laissent quand même passer le vent et la nuit est très agîtée, la tente se faisant secouer à chaque bourrasque parvenant à traverser le cottage. Nous dormons peu et sommes debout dès les premières lueurs du jour à 7h.

Malgré tout nous reprenons la route, qui malgré les a-prioris est très loin d’être plate et toute droite. En réalité elle ne cesse de monter et descendre, et tourner légèrement. Autant dire qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer. Surtout avec les paysages sans cesse changeants, chaque kilomètre est une nouvelle joie pour les yeux.

Mais la motivation ne dure pas face au vent qui persiste à nous repousser dans la direction inverse. Et après 15 kilomètres à pédaler je n’ai plus aucune envie de continuer. Nous avons déjà croisé des vents de face importants sur le Mawson Trail, mais ici c’est complètement différent. D’abord parce que la direction générale de la route ne change pas et ne changera pas avant des centaines de kilomètres, ne laissant augurer aucune lueur d’espoir de pouvoir échapper au vent en changeant de direction, et ensuite car il y a la pression de devoir avancer pour arriver au prochain point de ravitaillement en eau. Et donc le stress auto-infligé de devoir avancer coûte que coûte.

Surtout que nous ne sommes pas très rapides. La plupart des récits de cyclo-touristes ayant traversé l’Oodnadatta Track indiquaient qu’il fallait entre 8 et 10 jours en moyenne, soit environ 75 kilomètres par jour. Mais soit ce sont tous et toutes des athlètes surhumains, soit je ne suis vraiment pas en forme, car à notre vitesse il nous faudra plutôt entre 15 et 20 jours en réalité, en faisant 30 à 50 kilomètres par jour.

Nous faisons une bonne pause à la mi-journée à Alberrie Creek où sont exposées des sculptures géantes et incongrues, au milieu de nul part, à base d’avions, de bus ou de voitures. De quoi s’amuser pas mal

Juste à côté se trouve un autre cottage de « fettlers » abandonné, celui-ci est différent et ressemble un peu à un petit hôtel. À côté se trouve un forage artésien qui coule incontrôlé, formant un véritable marécage au milieu du désert. Véritable paradis pour la faune locale mais aussi les oiseaux migrateurs, comme ces grues antigones d’Asie venues profiter de l’eau tiède et saumâtre du marécage. Étrange spectacle au milieu du bush de voir ces grands oiseaux, vision plutôt inattendue.

Nous mangeons dans la véranda du cottage, encore en bon état malgré que des touristes de passage aient commencé à en arracher le bois pour le brûler. Nous avons même le luxe d’avoir des chaises pour nous asseoir. Et juste à côté, de manière toute aussi inattendue nous trouvons un espace de camping avec des toilettes, des douches (froides), et même de l’éclairage solaire. On se demande bien ce que ça fait là, surtout qu’il n’y a aucun panneau, mais on est bien contents de prendre une douche.

Même si je serais bien resté là sur la véranda à lire au soleil dans un vieux fauteuil à moitié pourri, il nous faut malgré tout repartir et rouler pour atteindre la pointe de sud de Lake Eyre South, paysage étrange avec cette étendue de sel qui s’étend à perte de vue, comme un océan blanc, mais sans les vagues ou les marées. Seulement le vent qui souffle toute la nuit comme si nous étions au bord d’une mer infinie.

Je suis épuisé, autant physiquement que moralement. Je me sens à bout de nerfs à devoir planter la tente sous les dernières lueurs du jour au bord du lac derrière l’un des rares buissons du coin, tentant désespérement de nous abriter du vent. Mais en même temps je suis excité et impatient d’aller marcher sur le lac demain. Ainsi quand l’insomnie revient pendant la nuit je ne sais plus si c’est à cause de l’excitation, de l’épuisement ou du stress. Et au fond je m’en fous un peu, je voudrais juste dormir, juste un peu, me sentir reposé pour une fois.

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2015-11-24T14:29:00+01:00
https://detours.journalintime.com/Oodnadatta-Track-partie-1-Leigh-Creek-a-Marree Oodnadatta Track, partie 1 - Leigh Creek à Marree Les Gammon Ranges ont été une superbe expérience, mais une expérience difficile aussi. Après un mois et demi sur les vélos et plus de 1.000 kilomètres parcourus le retour jusqu'à Leigh Creek fut éprouvant, avec la fatigue qui commence à me gagner. La route était parfois si cabossée qu'il m'a été difficile de finir certaines journées sans être à bout, physiquement et moralement, avec l'impression de ne faire que pédaler toute la journée, sans vraiment prendre le temps d'apprécier les lieux visités. Pressés par les réserves en eau et nourriture il nous est impossible de Les Gammon Ranges ont été une superbe expérience, mais une expérience difficile aussi. Après un mois et demi sur les vélos et plus de 1.000 kilomètres parcourus le retour jusqu’à Leigh Creek fut éprouvant, avec la fatigue qui commence à me gagner. La route était parfois si cabossée qu’il m’a été difficile de finir certaines journées sans être à bout, physiquement et moralement, avec l’impression de ne faire que pédaler toute la journée, sans vraiment prendre le temps d’apprécier les lieux visités. Pressés par les réserves en eau et nourriture il nous est impossible de décider d’un jour de repos au milieu de nul part, et nous devons donc aller d’un point de ravitaillement à l’autre avec nos réserves. Et ces réserves sur la fin étaient plutôt réduites, nous n’avions pas pris suffisamment pour manger confortablement, et les deux derniers jours étaient un peu serrés. Pas de quoi avoir vraiment faim, mais suffisamment peu pour se limiter soi-même et ne jamais se sentir rassassié.

Du coup en arrivant à Leigh Creek, nous avons profité du Caravan Park pour se reposer deux jours dans un vrai lit, dans une vraie chambre, à l’abri des moustiques, de la pluie et du vent. Et du petit supermarché pour faire d’énormes courses en prévision de la suite du parcours. En effet, après Leigh Creek, le prochain supermarché est à Alice Springs, dans plus de 1.200 kilomètres. Entre les deux il n’y a rien d’autre que des roadhouse, comprendre des stations service qui ne stockent que quelques aliments essentiels à un prix exhorbitant. Donc ne pas compter dessus pour acheter de la nourriture « plaisir » comme du chocolat, à moins de vouloir payer au poids plus cher que de l’or. Inconvénient, l’or ne se mange pas. Mais si vous voulez investir dans une valeur sûre, pensez donc au chocolat, il paraît que dans quelques années on minera tellement d’or sur les astéroïdes qu’il ne vaudra plus rien. Et puis le chocolat au pire vous pourrez toujours le manger !

Nous remplissons donc un caddie complet de victuailles ($140) et de récipients divers et variés (bouteilles de jus de fruit et soda, cubis d’eau, etc.) afin de pouvoir trimballer l’eau qui nous sera nécessaire entre deux robinets : environ 20 litres chacun. Si vous avez suivi à l’école ça fait 20 kilos. Maintenant rajoutez de la nourriture pour un mois : 2 kilos de chocolat, 5 kilos de spaghettis, 2 kilos de confiture, 2 kilos de farine, 5 kilos de gâteaux, et encore de nombreux kilos de bouffe, sans oublier environ 15 kilos d’affaires chacun… Quand on part le 12 juillet de Leigh Creek, on a du mal à contrôler les vélos dont le poids dépasse le notre.

Heureusement on a de la chance, et un vent à décorner les bœufs souffle dans notre dos, ce qui nous permet de rouler à une vitesse moyenne de 19 km/h et d’atteindre le village en ruine de Farina après seulement 3h30 pour 67 kilomètres, un record. Sans ça nous aurions peut-être mis deux ou trois jours pour la même distance, malgré la route largement (mais pas complètement) goudronnée). Cerise sur le gâteau, au milieu de la journée un mec en 4x4 s’arrête et nous offre deux canettes de limonade directement de sa glacière, bien fraîches. Ça c’est sympa ! Bon on a encore pas mal de soda à boire pour pouvoir remplir nos bouteilles avec de l’eau mais c’est un geste largement apprécié, et rare.

Farina est un village historique, des ruines qui n’ont même pas 150 ans, mais les Australiens sont fiers de leur histoire, même si elle est relativement jeune, et un groupe de bénévoles vient restaurer les ruines chaque hiver pour éviter qu’elles ne disparaissent. Parmi celles-ci, ils ont eu la bonne idée de rendre à nouveau fonctionnel le four traditionnel écossais (enterré dans le sol) de la boulangerie construite en 1888. Résultat : deux mois par an, littéralement au milieu de nul part — car les seuls habitants sont une famille dans la ferme à côté, le prochain village étant à 60 kilomètres — vous pouvez avoir tous les jours du pain frais et des pâtisseries artisanales. Quasiment le même prix que dans une grande ville qui fait du pain surgelé, et bien meilleur. On ne se prive pas, et on dévore du pain, mais aussi d’excellentes pâtisseries bourrées de sucre et de chocolat. On a le droit il paraît, on fait du sport !

On passe la nuit dans le petit camping à côté, ou pour $5 par personne on a droit à des toilettes, des tables fabriquées avec les anciennes traverses de la voie de chemin de fer du Ghan (Alice Springs-Adelaide, qui passe désormais plus à l’ouest), et même à des douches chaudes grâce à un ballon d’eau chaude chauffé au feu de bois, appelé ici un « donkey ».

Nous mettrons un jour de plus, encore poussés par le vent, pour atteindre Marree (anciennement Hergott Springs, mais depuis le temps les sources ont cessé de couler à cause du nombre trop important de puits forés dans le bassin artésien). Cet ancien terminus du Ghan dispose encore de quelques rails et locomotives, abandonnées ici quand les habitants du patelin ont bloqué les voies pour protester contre la fermture de la ligne au début des années 1980. De nos jours plus aucun train ne passe donc ici, mais il reste encore de nombreuses traces de leur passage, où pendant près d’un siècle il était le principal lien avec la civilisation. Dans les années soixante-dix la ligne a été déplacée plus à l’ouest, le long de la Stuart Hwy, car le tracé originel souffrait de nombreux problèmes.

L’idée d’une ligne de train traversant l’Australie du sud au nord ne date pas d’hier mais de la fin du XIXe siècle. Ainsi la « Great Northern Railway » a été progressivement construite en partant de Port Augusta, au sud d’Adelaide, jusqu’à Quorn en 1879, puis en remontant : Hergott Springs (Marree) en 1884, et en 1891 c’est Oodnadatta qui restera longtemps le terminus final de la ligne. Il faudra quelques attendre 1929 pour que la ligne aille jusqu’à Alice Springs. Et la dernière section d’Alice Springs à Darwin n’a été réalisée qu’en 2007 ! Le tracé originel suit le parcours des premiers explorateurs qui ont traversé le continent Australié, Sturt et Stuart, qui n’ont pas traversé le pays au hasard mais ont suivi les pisteurs Aborigènes qui les accompagnaient et connaissaient déjà cette route depuis des milliers d’années. En effet cette route suit un tracé de sources artésiennes et de points d’eau permanents qui rendent la traversée possible. Sans ça, à l’ouest ou à l’est, ce ne sont que des étendues désertiques, avec de la végétation, mais avec peu ou pas de points d’eau permanents qui résistent aux longues périodes de sécheresse.

De nos jours la voie ferrée peut traverser de grandes étendues désertiques et sans eau, mais à l’époque de l’ancien Ghan il fallait de l’eau pour la locomotive à vapeur, mais aussi pour les hameaux traversés, où des travailleurs vivaient là à l’année et travaillant sans relâche à l’entretien de la voie ferrée. Car qui dit eau, dit également inondations, fréquentes malgré tout, qui emportaient régulièrement les ponts, le ballast et les rails. Mais ce n’était pas le seul problème et le tracé traversait aussi de larges dunes qui avec le vent venaient tout aussi souvent recouvrir la voie, imposant aux travailleurs de venir dégager la voie à l’aide de pelles et d’un cheval, faisant le travail d’un chasse-neige en quelques sortes, sauf que c’était un chasse-sable !

Tous ces problèmes rendaient la ligne coûteuse à entretenir à l’époque des motrices à diesel, et la ligne a donc été déplacée. En 1980 le dernier train est passé sur l’ancienne ligne du Ghan, et depuis les villes et villages qui étaient traversés disparaissent petit à petit. Ce ne sont pas vraiment des villes fantômes car en Australie les bâtiments abandonnés sont simplement démontés et transportés pour servir ailleurs, donc il est difficile de se faire une idée de la taille originale de tous ces lieux. Mais l’étendue des rues bordées de terrains vagues peut aider à imaginer comment ces villages reculés faisaient office de derniers bastions de civilisation aux rares voyageurs qui traversaient l’Australie de Port Darwin au nord (aujourd’hui Darwin) jusqu’à Adelaide au sud.

De la ligne de chemin de fer il ne reste plus que ces villes qui s’effritent, des milliers et milliers de traverses en bois, réutilisées pour les feux de camps ou fabriquer des tables et des barrières, des gares et des hameaux en ruine, quelques rails qui n’ont pas été enlevés et refondus, et une route mythique qui longe le parcours de la voie ferrée, des points d’eau permanent et des sources aquifères sur plus de 400 kilomètres : l’Oodnadatta Track. Et c’est ce que nous commençons demain.

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2015-11-24T14:21:52+01:00
https://detours.journalintime.com/Dix-jours-dans-les-Gammon-Ranges-Vulkathunha-National-Park Dix jours dans les Gammon Ranges — Vulkathunha National Park Ce qu'on ne vous dit pas dans les brochures touristiques sur l'Australie c'est qu'il n'y a pas que le sable, le soleil, les plages, les beaux paysages, les animaux sauvages, et tous ces trucs en -age. Certes la journée il fait beau, soleil, en général assez chaud, peu de pluie. Si rare que quand elle se pointe on est agréablement surpris. Sauf quand il faut pédaler dans la boue, évidemment. Mais la nuit, parfois, souvent, il fait froid, humide, on se caille les miches. Dès que le soleil se couche la température descend. Et ces jours-ci elle descend souvent en dessous de zéro.

Ce qu’on ne vous dit pas dans les brochures touristiques sur l’Australie c’est qu’il n’y a pas que le sable, le soleil, les plages, les beaux paysages, les animaux sauvages, et tous ces trucs en -age. Certes la journée il fait beau, soleil, en général assez chaud, peu de pluie. Si rare que quand elle se pointe on est agréablement surpris. Sauf quand il faut pédaler dans la boue, évidemment. Mais la nuit, parfois, souvent, il fait froid, humide, on se caille les miches. Dès que le soleil se couche la température descend. Et ces jours-ci elle descend souvent en dessous de zéro. Pourtant la journée il fait 20, 25 ou même 30 degrés. Tranquille quoi. Mais le soir on a vite fait de passer du t-shirt à la doudoune. Des sandales au sac de couchage, avec chaussettes et collant. C’est surprenant.

Pour nous français, il fait froid d’accord, mais c’est pas pire que nos hivers avec des -5, -10 ou -15 degrés, et puis dès que le soleil se lève il fait bon. Et on voit le soleil. Je me souviens de l’hiver dernier en France, je n’ai pas vu le soleil pendant des semaines d’affilée. Gris, gris, gris. Déprimant. Là, bon, difficile de se plaindre. Les australiens eux ont du mal à supporter. Ils se font des feux de camp et s’y rattroupent dès que la température baisse en dessous de 20°C, mettent des bouillottes dans leur lit et ne cessent de se plaindre. « It’s cold mate hey ? — Nah, not really, it’s nice weather for us. » Et là ils te regardent avec des yeux de merlan frit comme si on était en plein milieu de l’Antarctique et que tu disais que bon -50°C c’est frais, mais ça va il suffit de mettre une petite laine. Sache-le, cher journal, l’australien à le sang chaud.

Traverser la petite ville de Leigh Creek c’est tout un programme touristique. Cette petite ville de 500 habitants est une ville minière, ce qui signifie que l’essentiel de sa population et son activité est concentrée autour de la mine toute proche. Une mine de charbon. Immense. Pour vous dire l’étendue des opérations de la mine, chaque jour un train de plusieurs kilomètres de long, rempli de charbon, va jusqu’à Port Augusta, à 250 kilomètres au sud, pour qu’il soit brûlé dans une centrale électrique, qui produisait jusqu’à 40% de l’électricité de l’état du South Australia. La ville a été construite par la compagnie minière, et la plupart de ses services lui appartiennent ou sont financés par la mine : supermarché, bistrot, hôtel, école, hôpital, etc. Pour pouvoir exploiter un nouveau filon la ville a même été déplacée dans les années 70. Oui ils ont construit une nouvelle ville pour pouvoir détruire l’ancienne et creuser pour exploiter le charbon. Une ville entière, certes il n’y avait que 700 habitants à l’époque, mais quand même. D’ailleurs ça se voit dans l’architecture actuelle de la ville, probablement conçue par un de ces architectes mégalo à l’origine de ces villes toutes faites comme Griffith dans le NSW ou Yulara, le complexe touristique à l’entrée du parc national d’Uluru : les rues sont toutes en rond, c’est très joli sur un plan, mais en pratique c’est complètement paumatoire et illogique.

Le problème maintenant c’est qu’à cause d’une réduction de la consommation électrique des ménages et la montée en puissance des énergies renouvelables dans le South Australia, brûler du charbon n’est plus si utile ou économique que ça, donc la centrale va fermer, et la mine aussi, pas plus tard qu’en novembre 2015. 400 des 500 habitants sont employés par la mine. Je vous laisse deviner l’effet que va avoir la fermeture de la mine sur la ville.

Si je te raconte tout cela, cher journal, c’est pas pour te montrer que bon les énergies renouvelables ça marche vraiment pour remplacer les centrales à charbon, ça on le savait déjà. Non c’est parce que pour nous Leigh Creek c’est une bouée de civilisation dans un océan d’outback. Le dernier « grand » supermarché (Woolworths) était à Clare, il y a plus de 800 kilomètres. Le dernier petit supermarché (comprendre grande supérette aux prix 2 à 3 fois supérieurs à un grand supermarché) était à Quorn, un petit IGA, il y a déjà 300 kilomètres. Et à Leigh Creek il y a un Foodland, une « super » supérette (un grand IGA). Bon c’est un magasin très bordélique, avec de l’huile de moteur et des vêtements au milieu des jouets pour enfant, à côté du papier alu et des bonbons. Et l’approvisionnement est irrégulier au mieux. Venez lundi il y aura des cookies mais pas de céréales, venez mardi il n’y aura plus de cookies, toujours pas de muesli, mais du chocolat Cadbury en promo (miam), mercredi vous aurez de la sauce tomate et du muesli, mais pas de spaghettis, etc etc. Mais bon pour nous c’est quand même un luxe énorme, car le prochain supermarché, ou même la prochaine supérette, c’est à Alice Springs, dans 1.200 kilomètres. Entre les deux il n’y a que des « general store » ou « community store » ou « roadhouse », comprendre une petite étagère remplie de bouffe achetée au supermarché le plus proche (loin, donc, si vous avez compris), vendue dix fois plus chère, et si vous avez de la chance elle n’est pas périmée depuis des mois.

Donc nous on se jette sur Leigh Creek comme un troupeau de chameaux qui n’aurait pas bu d’eau depuis des semaines. On dévalise le supermarché, puis on va à la bibliothèque sur internet, puis on va à l’hôtel-bistrot-resto pour se bouffer un méga-burger trop bon en buvant du cidre. Pas forcément dans cet ordre-là. Puis on repart camper après la ville.

Parce qu’on ne part pas encore tout de suite pour Alice Springs. Avant on a décidé de se payer encore un peu de montagnes. C’est parti pour dix jours dans les Gammon Ranges, dans le parc national de Vulkathunha, autrement dénommé « Northern Flinders Ranges ». Après ce burger géant on part dormir au bord d’une rivière à sec, pas vraiment dans la rivière car il paraît qu’elles peuvent se mettre à couler n’importe quand s’il pleut en amont. Et se retrouver le cul dans l’eau au milieu de la nuit n’est pas forcément très agréable. On se met ce soir à la cuisine du bush australien, on prépare notre propre pain dans le feu de camp. Du sel, de la farine, du lait en poudre et de l’eau, 15 minutes dans les braises et hop du bon pain frais. On se croit boulangers d’un coup. En plus c’est bon.

Les jours qui suivent nous amènent sur la route en direction d’Arkaroola, un terrain privé (pas juste un champ hein, c’est très grand) transformé en réserve sauvage, à 130 km de Leigh Creek. Les vues magnifiques se succèdent sans nous lasser, mais la route met nos nerfs à rude épreuve, d’abord correcte, puis de plus en plus tape-cul, incrustée de galets et de graviers, qui monte et descend sans cesse.

Parfois, pour nous remettre le sourire, on croise des chevaux sauvages, des émeus, des kangourous. J’ai bien essayé de convaincre Anne d’utiliser ses talents de dressage de chevaux pour en atteler quelques uns pour me tirer dans les montées, mais elle ne semble pas si talentueuse que ça. J’ai essayé de lui expliquer que même si en France ça coûte cher un cheval, et qu’ici ils ne savent plus quoi en foutre, on ne peut pas en ramener un dans l’avion. Même avec un chapeau et des lunettes on voit bien que c’est un cheval et il faudra payer un billet plus cher.

Peine perdue, les chevaux nous ont suivi et ont tourné autour de la tente pendant toute la nuit, et au matin ils viennent nous quémander à manger. Merci Anne.

Nous atteignons le complexe « éco-touristique » d’Arkaroola après 3 jours de pédalage. Par « éco » comprenez que les campeurs ont coupé tous les arbres autour du camping pour faire du feu, que les chiottes sont à moitié délabrées, que la cuisine du camping est dans un état d’abandon avancé, et que ce doux ronronnement à côté du camping ce n’est pas un kangourou qui veut vous faire des câlins mais le générateur électrique à diesel qui tourne 24h/24. Mais on paye quand même pour rester là. Pas le choix, tous les sept à dix jours on se paye le luxe de se prendre une douche chaude et faire une lessive. Pas que les machines à laver australiennes lavent quoi que ce soit, mais bon c’est psychologique. Notre séjour au « resort » ne s’éternisera donc pas et nous repartons le lendemain, encore admiratifs de ces caravanes et remorques australiennes qui se déplient dans tous les sens pour former des abris aussi luxueux (et coûteux) que le Hilton. Quand on sait que ça c’est voyager léger pour un Australien…

Le lendemain nous nous baladons sur Barraranna loop walk, plutôt chouette coin avec ses trous d’eau, ses falaises, et ses rock wallabies.

Le lendemain nous reprenons les vélos pour une courte balade à Wooltana Cave, une grotte jadis exploitée pour ses réserves de guano (du caca de chauve-souris, je précise pour ceux qui ne sauraient pas), accumulées pendant des milliers d’années. Le guano fait un excellent fertilisant pour les champs. De nos jours plus personne ne descend dedans pour remonter du caca de chauve-souris, sauf les rares scientifiques qui trouvent rigolo de fouiller dedans pour découvrir les espèces d’animaux et de plantes figées sous des couches et des couches et qui indiquent à quoi ressemblait la région quand elle était encore une région tropicale. C’est à dire pas hier.

S’ensuit une épreuve de résistance à la vibration pour nos vélos et nos postérieurs : 17 kilomètres de piste 4x4 pour rejoindre Grindells Hut, au cœur du parc national. Une piste remplie de cailloux, avec de longs passages dans les galets, un certain nombres de montées et descentes et une habilité à éprouver notre moral face au secouage en règle. Alors oui ce que c’est beau, mais ce qu’on en chie aussi.

En arrivant à Grindells Hut, on va laisser nos vélos à la petite cabane dédiée aux marcheurs (que nous serons le lendemain), et on se fait de suite inviter à boire une bière par une bande d’australiens déjantés qui louent la grande maison à côté pour la semaine. Cette famille qui se retrouve tous les ans entre cousins, parfois pour traverser le Simpson Desert, d’autres fois pour retracer leurs origines familiales dans la ville abandonnée de Beltana (avant Leigh Creek), a décidé de se retrouver ici cette année. La maison se loue auprès du parc national pour 77$ par jour et peut héberger 7 personnes, ce qui en fait un hébergement plutôt pas trop cher vu qu’on est à des kilomètres de tout et qu’il y a ici tout le confort moderne : cuisinière et frigo au gaz, douche chaude, barbecue, lumière solaire…

Alors évidemment on nous offre une bière, puis une autre, puis un verre de vin, puis un autre. Puis un repas. Anne ne cesse de vouloir refuser par politesse, mais au diable la politesse, ces gens sont sacrément sympathiques, on passe une bonne soirée, et on se fait nourrir, pourquoi refuser ! On passe ainsi une excellente soirée, à discuter autour du feu de camp, une bière dans la main, avec Helen, Leslie, Paul, Katrina, Bryan, Sarah et Chris. Les histoires fusent. Bryan conçoit les vélos de l’équipe olympique australienne, un sacré hasard. Et Chris a été policier à Marree, un petit patelin sur l’Oodnadatta Track, notre prochaine destination, et nous régale d’histoires vécues désopilantes sur sa courte expérience là-bas. On remonte difficilement jusqu’à notre cabane, à moitié bourrés, à la lumière de nos lampes frontales, pour se coucher heureux d’avoir rencontré cette famille et d’avoir été accueillis comme des amis de longue date. Une expérience rare et précieuse.

Le lendemain on a bien du mal à se lever et partir pour notre randonnée dans les gorges du parc national. Après quelques kilomètres de vélo, sac à dos bien chargé, nous arrivons au cœur du parc, où un panneau n’indique aucune balade, aucun truc à voir, simplement qu’à partir de là il faut se démerder tout seul et être bien équipé. D’accord. Nous, on a des photocopies d’un livre sur les randos dans le coin, un bouquin qui a 25 ans et n’a jamais été mis à jour. Une carte topographique noir et blanc photocopiée et le téléphone en guise de boussole. Donc tout va bien !

Notre objectif est d’aller voir le célèbre (enfin c’est tout relatif) Bunyip Chasm. On commence donc par marcher dans une rivière à sec, escaladant les rochers, jurant contre ces ****** de galets. On parcourt 4 km en 2 heures, le rythme normal dans un tel environnement. Ce n’est pas très difficile mais assez crevant.

Après quelques kilomètres nous laissons les sacs à dos, pensant que le terrain devenant difficile, c’est le signe qu’on va bientôt rejoindre l’entrée du premier « chasm » avant Bunyip Chasm. Pas de bol c’est encore 2 kilomètres plus loin qu’il faut laisser les sacs à dos comme indiqué dans le guide. Bon pas grave on reviendra tout à l’heure. On continue donc sans les sacs, avec le guide sur le Kindle, la balise de détresse et l’appareil photo. Il faut dire que pour le moment c’est plutôt chouette, mais le terrain est déjà assez fatigant, la progression est lente.

Nous arrivons finalement à l’entrée du premier défilé, étroit et majestueux, avec des parois rouges qui remontent quasiment à la verticale sur des centaines de mètres de dénivelé. Très impressionnant, tout le coin est rempli de ces gorges très profondes et raides, c’est un endroit vraiment à part. Mais la première difficulté apparaît. Le guide mentionne qu’il y a peut-être un tronc d’arbre pour aider à franchir le premier pas d’escalade. Ce qu’il ne mentionne pas c’est que ce tronc est à 3 mètres du sol au point le plus haut, qui est aussi le point le plus difficile. Il faut tenir en équilibre, les pieds sur le tronc (qui est penché) en mettant les mains contre la paroi rocheuse. Si on glisse on risque bien de se péter une jambe en dessous. On se dit que c’est bon il y a l’air d’y avoir des gens qui y sont déjà passés, ça doit se faire. On le fait donc, mais je peux témoigner que c’est un des trucs les plus flippants que j’ai fait. On est passés, mais je n’en menais pas large ensuite.

Après avoir terminé ce petit défilé il y a encore un peu de marche en fond de rivière, puis on arrive dans un cirque, et c’est là que j’ai réalisé que le mec qui a écrit le guide n’est pas un randonneur classique mais un putain d’Indiana Jones. En effet dans ce cirque à gauche il y a une cascade (sèche), paroi rocheuse haute et infranchissable. Tout droit, pareil. À droite il y a une autre cascade, à moitié humide, paroi rocheuse d’une quinzaine de mètres, glissante à cause de l’eau qui ruisselle. J’ai déjà fait de l’escalade à mains nues en rando, sur des parois faciles sans sac à dos, mais plus dures avec un gros sac, mais là ça n’a rien à voir, d’autant plus qu’il faut ensuite repasser par là pour revenir. Le guide décrit : « la paroi est raide mais ce n’est pas une ascension difficile ». C’est une paroi, quasiment verticale, de 15 mètres de haut, lissée par l’eau, humide et glissante. Pour moi c’est plus que difficile là, c’est dangereux.

On renonce donc, pas question de prendre des risques inconsidérés, et après le coup sur le tronc d’arbre je ne me sens pas trop en confiance. Je lirais plus tard dans le récit d’autres personnes que rares sont ceux ou celles qui ont grimpé plus loin que nous. Pas étonnant : sans corde c’est carrément dangereux.

Du coup on a commencé à réfléchir sur la suite. On aurait dû remonter depuis le fond de la gorge jusqu’au sommet de Mt John Roberts par une ravine. Le guide indiquait « c’est une section raisonnablement difficile [...] très raide [...] il faut grimper sur les genoux et les coudes [...] dans le spinifex ». OK. Je vous rappelle que grimper une paroi rocheuse à mains nues n’était "pas difficile". Alors du coup on n’a pas trop eu envie d’aller continuer la section "raisonnablement difficile", surtout après avoir vu le début. On décide donc de changer les plans et de monter Mt John Roberts par l’autre côté, plus facile, qu’on aurait dû prendre au retour. On redescend donc la gorge, on reprend les sacs à dos, on mange un coup et on retrouve les vélos pour monter sur le plateau de Gibber Plain. Pour les ignorants (comme moi), une Gibber Plain (reg en français), c’est une plaine de cailloux : les éléments fins (terre, sable) ont été balayés par le vent et il ne reste que les cailloux. C’est bien, c’est joli, mais moins sympa pour planter la tente.

Le lendemain on s’attaque donc à Mt John Roberts, armés de notre carte et de notre boussole, on essaye de reconnaître les montagnes, les vallées et les directions à prendre. Car ici, pas de sentier, pas de panneau, pas de flèche, il faut naviguer à la boussole en suivant les instructions du guide. Des instructions aussi précises que « suivre la rivière en direction sud-est » ou « tourner à droite quand vous voyez de nombreux pins morts ». Je vous laisse imaginer qu’en 25 ans les pins morts ont eu le temps de pourrir et disparaître, et que bon la rivière c’est bien joli mais elle fait 2 km de large et se divise tous les 200 mètres. Du coup c’est plutôt pas évident de suivre l’itinéraire décrit, mais bon on y parvient sans trop se perdre (merci GPS).

On trouve la bonne colline à grimper pour rejoindre la crête de Mt John Roberts (les autres tombent sur des falaises, fallait donc pas se gourer sinon fallait redescendre et recommencer), mais arrivés au sommet de la colline, Anne en a marre et décide de rester se reposer là. Je monte donc tout seul le long de la crête jusqu’au sommet de Mt John Roberts. Au moins c’est pas dur niveau orientation, il suffit de monter la crête jusqu’à 880 mètres d’altitude. Au sommet je découvre un cairn et une boîte contenant une carte du coin (c’est cool mais bon maintenant que je suis là c’est probablement que j’avais déjà une carte) et un livre d’or. Le temps de prendre des photos tout autour, de baver devant le paysage et je redescends en essayant de limiter le nombre de fois où je mets les pieds dans une touffe de spinifex.

Il ne nous reste alors plus qu’à retracer la route dans l’autre sens et regagner les vélos, puis la hutte et retrouver nos amis qui encore une fois nous invitent à partager leur repas. Le lendemain c’est armés d’un pot de confiture d’abricot maison de Katrina et d’une part de Rocky Road (sorte de chocolat fait maison à base de chocolat, de noix en morceaux et de chamallow, délicieux) offerte par Chris que nous quittons nos nouveaux amis et reprenons la route sur nos vélos pour quitter le parc national et revenir à Leigh Creek avant de repartir vers de nouvelles aventures…

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2015-10-09T18:50:00+02:00
https://detours.journalintime.com/De-Parachilna-Gorge-a-Leigh-Creek De Parachilna Gorge à Leigh Creek Terminer le Mawson Trail et ses 900 kilomètres de pistes diverses et variées, ses montées et descentes, était pour nous une étape véritable, importante, une démarcation avec ce qui allait venir. Mais on ne pensait pas que la démarcation dans le paysage serait aussi brutale, nette et radicale. Après avoir visité un peu Parachilna Gorge en suivant le Heysen Trail qui suit le fond de la gorge, on en a vite eu marre de rester en bas alors que les montagnes autour avaient l'air si chouettes. Ni une ni deux on quitte le sentier, on enjambe un barbelé et nous voilà à l'assaut de la Terminer le Mawson Trail et ses 900 kilomètres de pistes diverses et variées, ses montées et descentes, était pour nous une étape véritable, importante, une démarcation avec ce qui allait venir. Mais on ne pensait pas que la démarcation dans le paysage serait aussi brutale, nette et radicale.

Après avoir visité un peu Parachilna Gorge en suivant le Heysen Trail qui suit le fond de la gorge, on en a vite eu marre de rester en bas alors que les montagnes autour avaient l’air si chouettes. Ni une ni deux on quitte le sentier, on enjambe un barbelé et nous voilà à l’assaut de la colline la plus proche. Enfin colline, une véritable montagne, très raide, et parsemée de spinifex, cette herbe très rigide aux pointes acérées qui piquent comme des aiguilles, même à travers les vêtements ou les chaussures. Et si vous aviez le malheur de tomber dedans, les pointes se casseraient en entrant dans votre peau et il faudrait des jours ou des semaines pour vous débarrasser de toutes ces aiguilles. Autant dire qu’on préfère si possible rester à l’écart.

L’avantage c’est que ces herbes sont le refuge idéal des petits animaux : lézards, souris, rats, insectes. En effet les prédateurs ne les suivront pas là-dedans. Les seuls à pouvoir passer outre sont des herbivores, les euros, kangourous locaux, qui disposent d’un système digestif capable de digérer le spinifex. D’accord pour la digestion, mais moi je dis que ça doit bien piquer le palais ! C’est grâce à cette plante spéciale qu’on apercevra ici notre premier skink qui s’est aventuré au soleil pour se réchauffer.

Oh, et la vue au sommet ? Magnifique, magique, incomparable, superbe. Et de s’imaginer que toutes ses montagnes et vallées autour de nous, sur des dizaines ou centaines de kilomètres, n’ont aucune route, aucun sentier, aucune habitation, ville ou antenne de téléphonie mobile. Qu’il est fort probable qu’aucun humain ne soit passé dans ces endroits depuis des milliers d’années. Cela ouvre quelques portes dans notre imagination, et nous béats et admiratifs. C’est pour des endroits comme ça qu’on est venus ici.

Après cette courte aventure pédestre nous enfourchons à nouveau nos fiers destriers qui ne mangent pas d’avoine et nous terminons la route de Parachilna Gorge jusqu’à cet instant stupéfiant où au détour d’un virage nous quittons les montagnes pour débouler dans une large plaine qui s’étend au delà de l’horizon, ne laissant entrevoir aucune colline, aucune forme autre que la platitude.

Nous rejoignons la route goudronnée, bienvenue après plusieurs dizaines de bornes de cailloux et de corrugation. En plus on progresse plutôt bien. Et le trafic est relativement light, ce qui ne gâche rien. Ah l’Australie et ses routes goudronnées, dans un superbe état, qui s’étendent sur des centaines de bornes, et parfois on ne voit même pas une dizaine de bagnoles par jour. En France même une route forestière pourrie et paumée voit passer plus de trafic. Hélas.

Nous dormons dans les prés à quelques centaines de mètres de la route, cachés dans des petits arbres hérissés de milles épines, seule végétation laissée par le bétail. Car ici les routes ne sont pas séparées des prés par des barrières, et on croise parfois des vaches qui traversent la route. C’est moins rigolo quand c’est un camion qui croise la vache, car en général il ne ralentit pas. Et l’odeur des cadavres de vaches (et de kangourous) soulève l’estomac bien plus sûrement que n’importe quel grand huit. Et en plus c’est gratuit, de quoi se plaint-on ? D’avoir le cœur déchiré à la vue et à l’odeur des ces animaux morts pour rien. Enfin au moins ici il n’y a pas de clôture, car là où elles sont abondantes on doit se forcer de détourner les yeux pour ne pas voir les pauvres kangourous qui ont eu la malchance de vouloir sauter ou traverser et qui sont restés coincés dans les barbelés, agonisant sur place pendant des jours avant de mourir. Tout ça pour délimiter des « propriétés ». Drôle de terme quand on sait qu’il s’agit simplement de venir à un endroit et dire « là, ici, maintenant c’est à moi ». De nos jours n’importe qui qui ferait ça serait traité de fou, et pourtant la propriété privée, toutes les maisons, les champs, les terrains, tout ce qui se vend et se loue sur le marché de l’immobilier, ça n’appartient à personne, mais certains ont décidé de se l’approprier pour s’enrichir au détriment des autres. Et c’est ça qui régit notre monde moderne. Une sale blague. Pas drôle.

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2015-10-09T16:38:00+02:00
https://detours.journalintime.com/Mawson-Trail-de-Wilpena-a-Parachilna-Gorge Mawson Trail — de Wilpena à Parachilna Gorge Nous passons une journée à nous balader, en grimpant jusqu'au sommet de St Mary's Peak, offrant de jolies vues sur le parc des Flinders Ranges du haut de ses 1.171 mètres d'altitude. Au sommet mon vertige me rattrape, jolies falaises, mais je préfère les admirer à distance stratégique. Le lendemain on reprend les vélos après une longue discussion avec un prof australien qui accompagne ses élèves qui font du VTT sur un bout du Mawson Trail pendant trois jours. Et bien croyez-le ou non, cette activité fait partie d'une des quatre matières qui comptent pour leur bac (enfin

Nous passons une journée à nous balader, en grimpant jusqu’au sommet de St Mary’s Peak, offrant de jolies vues sur le parc des Flinders Ranges du haut de ses 1.171 mètres d’altitude. Au sommet mon vertige me rattrape, jolies falaises, mais je préfère les admirer à distance stratégique.

Le lendemain on reprend les vélos après une longue discussion avec un prof australien qui accompagne ses élèves qui font du VTT sur un bout du Mawson Trail pendant trois jours. Et bien croyez-le ou non, cette activité fait partie d’une des quatre matières qui comptent pour leur bac (enfin l’équivalent local). Les élèves doivent choisir quatre activités qui comptent pour le diplôme. Parmi celles-ci il y a bien sûr maths, physique, langues, etc. mais aussi "Outdoor education" où on va dans la nature faire des activités, s’informer sur l’écologie, la sécurité etc. Dans cette matière (notée pour le bac je le répète, je suis sur le cul, si j’avais eu ça au bac j’aurais été autrement plus motivé !) on peut faire de la spéléo, du VTT, de la rando, de l’escalade, du kayak, etc. Les élèves ont de plus en plus d’autonomie jusqu’à l’organisation d’une sortie ensemble en fin d’année, où ils font l’activité qu’ils veulent, sans les profs, qui sont à quelques kilomètres, dispos en cas d’urgence, mais sinon les élèves sont complètement autonomes sur plusieurs jours à gérer leur activité. Faire confiance comme ça c’est incroyable par rapport au système scolaire français où on est traités comme des gamins jusqu’à l’université, sans jamais nous donner la moindre initiative ou responsabilité.

On quitte donc le prof, nous un peu sur le cul de constater l’avancée de ce système scolaire et ce qu’on a loupé. Papa, maman, pourquoi vous ne m’avez pas envoyé en Australie pour mes études hein ?

Après le camping de Wilpena le Mawson Trail suit un sentier sympathique dans une forêt de pins, très joli et agréable. Anne n’aime pas, elle préfère les chemins larges, mais moi j’aime bien le VTT en single track, donc je profite, c’est le seul passage comme ça : 3 kilomètres sur les 900 du Mawson Trail.

Heureusement pour Anne (mais pas pour moi) on retrouve rapidement une piste forestière large qui fait les montagnes russes et qui s’éloigne progressivement des superbes montagnes du coin.

On rejoint Bunyeroo Gorge et le paysage change. On se retrouve sur une piste unsealed qui grimpe, qui grimpe, j’en chie comme un émeu qui ferait du vélo. Je me retrouve obligé de pousser le vélo. Puis la pente est si forte que je dois prendre le sac à dos sur le dos pour alléger le vélo et pouvoir avancer. Heureusement que le paysage est superbe avec les ABC Range autour de nous !

Puis nous quittons la route pour un service track plus sympa mais qui fait un peu montagnes russes encore une fois. On arrive à Middlesight Water Hut, une petite cabane de brique au milieu de nul part. Pas de toilettes, mais quatre lits en bois, une table, des chaises et une citerne d’eau. Le grand luxe quoi ! Nous observons le coucher de soleil enflammer les montagnes depuis nos chaises posées devant la hutte. Une journée classique, une journée de rêve dans cet endroit magnifique. Je ne m’en lasse pas. Si on pouvait juste mettre plus de descentes et moins de montées…

Le lendemain nous allons marcher sur Trezona Hike, une petite boucle sympa qui part de la hutte. On croise un waterhole, des cailloux célèbres (à priori à l’origine du nom d’une nouvelle ère géologique, l’édiacarien, créé en 2004 en l’honneur des fossiles trouvés ici, les plus anciens au monde), des eucalyptus au tronc immense, et beaucoup de chouettes paysages.

Puis au retour à la hutte nous reprenons les vélos et le Mawson Trail qui poursuit ses ondulations jusqu’à ce qu’elles deviennent plus prononcées, et même carrément démentes, avec des montées et descentes dans les cailloux qui nous forcent à descendre et pousser. Trop dur.

Nous parvenons à Dedman’s Hut, juste à la fin du parc national. Ici pas de lits, pas de table, de chaises, juste un abri en briques. Ça nous ira bien, on érige la tente dedans après un petit coup de ménage.

C’est notre dernière nuit sur le Mawson Trail. Le lendemain nous arrivons à Blinman, un tout petit patelin, après quelques dizaines de bornes de route goudronnée (enfin !). La fin du Mawson Trail n’a rien de très spectaculaire, juste un panneau caché dans un coin. On est un peu déçus, on attendait le drapeau, la foule en délire qui crie à notre arrivée, le champagne et tout le monde qui nous félicite pour notre effort surhumain et d’être arrivés jusque là. Mais à la place il y a juste un pauvre general store qui vend du pain très cher, des burgers plutôt maigres et un peu de bouffe hors de prix. On achète quand même un pauvre paquet de gâteaux secs pour 6,50$ et on reprend la route pour rejoindre la grande route goudronnée pour Leigh Creek.

Cette route, qui passe dans Parachilna Gorge, s’avère simplement spectaculaire. La gorge est superbe, les paysages magnifiques, à chaque mètre on s’émerveille.

On se demande tout le long pourquoi ce damné Mawson Trail ne s’arrête pas plus loin pour prendre en compte cette superbe route ? Certes elle n’arrête pas de grimper et descendre, elle est un peu tape-cul, mais rien de pire que ce qu’on a déjà eu sur le trail. Alors pourquoi ? Pour achever de nous poser des questions on s’arrête à Angorichilna Village, un tout petit resort avec camping. On y trouve de la bouffe et des glaces pas chères, moins qu’à Blinman, avec un accueil bien plus chaleureux. Alors vraiment Blinman, aucun intérêt de s’arrêter là-bas !

À Angorichilna on décide de faire une balade qui part de là, Blinman Pools, mais comme on part assez tard et que le chemin qui suit le fond de la rivière à sec est très crevant on ne va pas jusqu’aux fameuses pools. Ce qui n’empêche pas la balade d’être superbe. Mieux, en mangeant ma glace je réalise que le bâtonnet indique que j’ai gagné une autre glace gratuite. Ça c’est une bonne journée !

Nous nous arrêtons pour la nuit sur le parking de fin (ou de début) du Heysen Trail, dans un méandre de la route. Là c’est beaucoup plus classe que pour le Mawson Trail. Il y a un abri, des tables, un water tank, des panneaux informatifs, etc. C’est super chouette en plus. On fait un feu juste à côté de notre table, pour nous réchauffer car la nuit s’annonce plutôt fraîche, mais belle, avec un ciel rempli d’étoiles. Ici aucune lumière à des kilomètres, pas de pollution lumineuse, et personne, que nous au milieu de l’outback, un feu de camp et le bruit des sauts des kangourous un peu plus loin, cachés dans l’obscurité protectrice.

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2015-09-28T12:37:00+02:00
https://detours.journalintime.com/Mawson-Trail-de-Laura-a-Wilpena-Flinders-Ranges Mawson Trail — de Laura à Wilpena (Flinders Ranges) Après Laura on hésite, il a bien plu, mais maintenant il fait doux, gris, mais sec. Les pistes et routes seront-elles boueuses ? Un autre élément s'ajoute à la réflexion : suite au dévissage inattendu du bouchon du flacon d'huile pour chaîne (à cause des vibrations sur les chemins tape-cul), la moitié de nos chambres à air sont foutues, car partiellement recouvertes d'huile. L'effet que ça a eu sur le caoutchouc est impressionnant : ça a fait des bulles. Je ne sais pas si ça n'aurait pas rendu les chambres à air poreuses. Et du coup nous n'avons plus d'huile. Et le prochain Après Laura on hésite, il a bien plu, mais maintenant il fait doux, gris, mais sec. Les pistes et routes seront-elles boueuses ? Un autre élément s’ajoute à la réflexion : suite au dévissage inattendu du bouchon du flacon d’huile pour chaîne (à cause des vibrations sur les chemins tape-cul), la moitié de nos chambres à air sont foutues, car partiellement recouvertes d’huile. L’effet que ça a eu sur le caoutchouc est impressionnant : ça a fait des bulles. Je ne sais pas si ça n’aurait pas rendu les chambres à air poreuses. Et du coup nous n’avons plus d’huile. Et le prochain vélociste est à Melrose, à plus de 50 km de là. Et c’est aussi le dernier vélociste avant Alice Springs, dans plus de 2.000 kilomètres. Nous sommes lundi, il est 10h, le vélociste ferme à 17h et n’est pas ouvert demain mardi. On se dit que vu notre rythme habituel on n’a pas trop le temps d’y parvenir avant que ça ferme, et qu’on ne veut pas trop se presser non plus, donc tant pis pour l’huile, on trouvera bien de l’huile de moteur ou autre dans un autre patelin et ça fera l’affaire. Et il nous reste quand même au moins trois chambres à air en bon état.

Donc on décide de prendre le Mawson Trail aujourd’hui, et on entame par des routes de gravier en bon état, bien sèches. Puis une piste 4x4 entre deux champs, dans la terre rouge. Et qui commence pas mal. Mais voilà un passage boueux, puis un autre, et encore un autre, et finalement, tout est boueux. Les roues sont bloquées, même en poussant les vélos c’est galère. On finit par rejoindre une route de gravier, après deux heures pour faire trois kilomètres. Et comble de l’emmerdement, une sangle d’une sacoche avant nous lâche, c’est la troisième sacoche Crosso qui nous fait défaut depuis le début, ça commence à faire beaucoup. Le temps de réparer avec les moyens du bord on est décidés à abandonner le Mawson Trail pour aujourd’hui et reprendre la route goudronnée.

On s’arrête à Murray Town pour se reposer. Il est 16h déjà, et il reste 14 kilomètres jusqu’à Melrose. Je me dis que ça roule pas mal, on pourrait peut-être… Et après 40 minutes de pédalage intensif et plusieurs montées, on arrive au vélociste, qui nous déleste de 30 dollars pour une chambre à air et un flacon d’huile pour chaîne. Il ne reste plus que quelques minutes pour acheter une glace au magasin d’à côté qui est en train de fermer. Histoire de se remettre de nos émotions.

Le lendemain, il pleut à nouveau. Nous ne verrons rien de Mt Remarkable, perdu dans la brume. Nous sommes trempés en arrivant à Wilmington, où on se repose et mange un peu en faisant sécher rapidement nos affaires. On avance rapidement. Il n’y a pas à dire : la route goudronnée c’est quand même plus rapide et facile. C’est à se demander comment les pionniers du vélo faisaient pour parcourir jusqu’à plus de 200 kilomètres dans une journée, et ce sur des semaines entières, à une époque où il n’y avait aucune route goudronnée et encore moins de route en gravier, uniquement de vagues chemins utilisés par les chevaux et les chameaux. Moi je préfère maintenant avec le goudron quand même.

Nous arrivons à Quorn en fin d’après-midi, juste assez de temps pour faire quelques courses à la supérette locale, puis rejoindre notre refuge pour la nuit, Dutchman’s Hut, au pied de Dutchman’s Stern. Cette hutte du Heysen Trail est un ancien refuge de tondeurs de moutons. Ceux-ci étaient en effet nomades et se déplaçaient en fonction des saisons de tonte des différents états d’Australie, et étaient donc hébergés sur place. Le refuge est donc simple : un toit de tôle ondulée (avec trous d’époque), et des murs en tôle ondulée. Mais à l’intérieur il y a quand même un poêle, une plateforme pour poser son matelas pour dormir (en évitant les gouttes d’eau qui viennent du toit), une table, des chaises et bancs, un évier avec de l’eau de pluie et comble du luxe : l’électricité. Il y a même un micro-onde !

On profite de ce havre pour faire cuire une pizza surgelée dans le four du poêle à bois et échapper à la pluie battante qui tambourine sur le toit. Le lendemain le ciel est gris, le brouillard recouvre Dutchman’s Stern, mais cela ne nous empêche pas d’y aller nous promener, faire la petite boucle qui serpente dans la montagne, entre les cris des chèvres qui escaladent les falaises et le calme de la nature qui se protège du froid et de l’humidité inhabituelle pour un endroit habituellement si sec.

Nous restons à la hutte une nuit de plus, à fréquenter les wallabies qui à l’aube et au crépuscule viennent encercler le refuge pour dévorer l’herbe verte. Mais hélas au matin il faut repartir et avancer sur la route, malgré le froid. Heureusement la pluie a cessé, et nous pouvons reprendre le Mawson Trail qui ne nous pose aucun problème aujourd’hui. Nous quittons Quorn et la dernière supérette avant Leigh Creek, dans quelques centaines de kilomètres, et entamons notre périple vers des contrées plus sauvages et préservées tel que le parc national des Flinders Ranges. Les paysages sont de plus en plus magnifiques à chaque kilomètre parcouru. Mais certains kilomètres sont plus difficiles et longs que d’autres, notamment quand un furieux vent de face nous empêche d’avancer plus vite qu’à 6 ou 7 km/h. Certaines routes, toutes droites sur des kilomètres et des kilomètres, sont longues, très longues.

Après un réveil au son guttural des émeus qui tournent autour de la tente, nous parvenons à Hawker sans encombre, où un burger bien mérité au seul café/restaurant du patelin nous remplit l’estomac.

Nous parcourons ensuite plusieurs kilomètres sur des pistes en bon état, puis nous retrouvons au milieu d’un pré, sur un grand plateau, à pédaler comme des fous pour avancer sur une surface étrange qui semble sèche, mais s’enfonce sous les roues, comme si nous roulions sur une moquette très épaisse. La progression est lente et nous sommes forcés de camper au milieu du plateau, sans réelle protection du vent, en espérant qu’il ne se remette pas à pleuvoir, car une telle surface serait un cauchemar s’il pleuvait, il nous faudrait des heures et des heures pour rejoindre une route goudronnée en poussant ou portant les vélos. Heureusement il ne pleut pas, et cette nuit-là le ciel dégagé nous offre une belle vue sur les étoiles et la voie lactée, sans aucune lumière à des kilomètres à la ronde pour perturber cela.

Au matin la toile de tente est rigide, les sacoches recouvertes de givre, il fait froid et humide, mais le soleil ne tarde pas trop à se montrer et nous réchauffer, heureusement. La journée continue sur cette surface molle, puis on quitte le plateau via une descente dans les rochers qui nous force à pousser les vélos pour ne pas chuter. Et encore des kilomètres à rouler lentement dans un paysage dévasté par les vaches et les moutons, mais au loin les montagnes offrent de si jolies vues qu’on en oublie qu’autour de nous seules subsistent les plantes qui savent se protéger du bétail avec leur épines solides.

Il ne nous reste plus qu’à traverser Moralana Scenic Drive, une route 4x4 touristique coincée entre les Flinders Ranges et Elder Range, et après quelques kilomètres de route goudronnée on rejoint une piste de service qui nous fait rencontrer des centaines de kangourous et wallabies qui s’enfuient à notre approche. Je n’ai jamais vu autant d’animaux sauvages de toute ma vie, et le spectacle est fascinant. Plus que quelques tours de manivelle et nous sommes déjà à Wilpena, point central du parc national des Flinders Ranges, qui vend quelques produits hors de prix, mais nous craquons quand même pour un bon pack de cidre, malgré le prix de 22 dollars, nous permettant de fêter notre arrivée dans le parc national.

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2015-08-14T04:34:00+02:00
https://detours.journalintime.com/Mawson-Trail-Burra-a-Laura Mawson Trail — Burra à Laura Nous reprenons la route et découvrons un décor qui change doucement, des collines moutonnantes et verdoyantes nous passons à de petites chaînes de montagnes, du sable rouge et de la roche blanche. Plus de champs, plus de vignes, quasiment plus de moutons. Des eucalyptus, des vallées arides, du spinifex : ça y est on a rejoint l'Australie, la vraie, celle qui est restée plus ou moins sauvage. Les plaines sont découpées par des gorges creusées dans la terre, de manière dramatique, par les pluies torrentielles, aussi soudaines que rares. Ainsi ce qui de loin semble être une Nous reprenons la route et découvrons un décor qui change doucement, des collines moutonnantes et verdoyantes nous passons à de petites chaînes de montagnes, du sable rouge et de la roche blanche. Plus de champs, plus de vignes, quasiment plus de moutons. Des eucalyptus, des vallées arides, du spinifex : ça y est on a rejoint l’Australie, la vraie, celle qui est restée plus ou moins sauvage.

Les plaines sont découpées par des gorges creusées dans la terre, de manière dramatique, par les pluies torrentielles, aussi soudaines que rares. Ainsi ce qui de loin semble être une plaine tranquille se révèle être un véritable roller-coaster à devoir traverser ces gorges qui déchirent la platitude. Et c’est tellement beau… On en profite tellement qu’on termine la journée en pédalant à la faible lumière du crépuscule pour rejoindre notre refuge pour deux jours : l’ancienne école de Mt Bryan East.

Transformée en refuge pour les randonneurs du Heysen Trail, elle sera aussi notre maison pour deux nuits à se reposer et profiter du poêle, de la table, des chaises, du fauteuil et des matelas. Le tout est bien poussiéreux, mais un vrai luxe pour nous. On s’y sent comme chez nous, et il sera difficile de quitter ce havre de paix, seul au milieu des champs, sans aucune habitation avant plusieurs dizaines de kilomètres, sans lumière, sans électricité, sans téléphone mobile, sans voiture ni aucune circulation. On croisera simplement un seul marcheur du Heysen Trail qui reste là quelques jours à cause d’un genoux douloureux.

Lors de notre jour de « repos » on ira grimper au sommet de Mt Bryan, autour duquel le Mawson Trail tourne pendant quelques jours, seule montagne du South Australia à recevoir parfois de la neige. Ce que je veux bien croire vu le froid et le vent glacial qui nous reçoivent au sommet. Mais quel paysage, quelle vue, c’est franchement sublime, et marcher un peu est si reposant après plus d’une semaine de pédalage. Ça donne envie de repartir et marcher tout le long du Heysen Trail.

Après avoir quitté cette contrée si particulière nous rejoignons en une journée des paysages plus civilisé, et c’est au pied d’éoliennes que nous camperons. Si le soir le vent ne soufflait pas beaucoup, la présence d’un champ d’éoliennes au sommet de la colline aurait dû nous indiquer que la nuit ne serait pas de tout repos, car effectivement pendant la nuit la tente était plaquée sur nous par la force du vent, et au matin on aura un mal de chien à la replier sans que rien ne s’envole, avant que nous ne descendions la colline à grande vitesse, le vent dans le dos, pour aller prendre le petit déjeuner à un endroit un peu moins joli mais aussi moins venteux.

Le lendemain nous longeons le canal de Bundaleer, un réseau d’aqueducs qui avait pour but de collecter l’eau des vallées avoisinantes pour rejoindre un grand réservoir et ainsi disposer d’une réserve d’eau permanente pour l’agriculture dans cette région très aride. Construit en 1902, le réseau de canaux, ponts et tunnels sera abandonné en 1944 au profit d’un pipeline. Évidemment le principal problème de cette idée c’était l’évaporation et les nombreuses fuites des canaux en béton, perdant une grande quantité d’eau. Aujourd’hui les canaux sont toujours là, les ponts et tunnels aussi. Et le Mawson Trail suit une bonne partie d’un des canaux, permettant d’explorer un paysage singulier, témoin d’une époque révolue où on construisait des projets pharaoniques en quelques mois ou années, à l’aide de centaines ou milliers de travailleurs mal payés, et au prix de nombreuses vies. Et pour nous au prix d’incessantes barrières qu’il faut ouvrir et refermer derrière nous : deux barrières tous les 500 mètres. En essayant de tenir tant bien que mal d’une main le vélo et de l’autre la barrière l’exercice est très vite énervant.

Le lendemain la pluie s’installe pendant la nuit et continue toute la matinée. Résultat en moins d’un kilomètres de petit chemin dans les prés les roues des vélos sont tellement boueuses qu’elles se bloquent, impossible d’avancer sans débloquer la boue avec les moyens du bord tels que des branches mortes. On rejoint une route de gravier, mais c’est encore pire : elle vient juste d’être refaite, et le revêtement de poussière et sable fin s’est transformé en mélasse grise et collante. Nous devons rouler dans l’herbe en bord de route jusqu’à rejoindre l’endroit où la route n’a pas encore été refaite et qu’elle ne colle plus aux pneus.

Vu les conditions nous sommes obligés de quitter le Mawson Trail et rejoindre la route goudronnée pour la journée, surtout que la pluie continue par épisodes. On rejoint donc la petite ville de Laura en passant par Jamestown et son petit supermarché, en dehors du tracé du Mawson Trail. À Laura on va au camping pour prendre une douche bien méritée, laver et sécher nos affaires, et faire à manger dans la cuisine commune.

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2015-08-13T05:33:11+02:00
https://detours.journalintime.com/Mawson-Trail-Adelaide-a-Burra Mawson Trail — Adelaide à Burra Après avoir séjourné quelques nuits chez Charmaine et David, nos hôtes WarmShowers à Adelaide, nous avons pris la piste cyclable qui longe la Torrens River depuis le centre d'Adelaide, jusque dans les Adelaide Hills. Sans oublier de passer au marché couvert pour acheter fruits et pains au chocolat à vil prix, en prévision des efforts à fournir. La piste cyclable est agréable, et la Torrens River, si large vers le centre d'Adelaide se transforme rapidement en un simple ruisseau étroit. Il s'élargit un peu à nouveau au moment de remonter la Torrens Gorge, point de départ du Après avoir séjourné quelques nuits chez Charmaine et David, nos hôtes WarmShowers à Adelaide, nous avons pris la piste cyclable qui longe la Torrens River depuis le centre d’Adelaide, jusque dans les Adelaide Hills. Sans oublier de passer au marché couvert pour acheter fruits et pains au chocolat à vil prix, en prévision des efforts à fournir.

La piste cyclable est agréable, et la Torrens River, si large vers le centre d’Adelaide se transforme rapidement en un simple ruisseau étroit. Il s’élargit un peu à nouveau au moment de remonter la Torrens Gorge, point de départ du Mawson Trail, l’itinéraire VTT qui doit nous emmener jusque dans les Flinders Ranges, dans 900 kilomètres, en suivant des pistes forestières, des chemins fermiers, des sentiers étroits et des routes de terre battue. En attendant ce programme de réjouissance, on profite des jouets pour enfants le long de la piste cyclable, car les jeux sont toujours géniaux en Australie, entre tyroliennes, ponts de singes et autres trucs probablement très dangereux d’un point de vue français, mais tellement funs !

Le début du Mawson Trail se révèle effectivement très VTT. Après quelques centaines de mètres sur la route goudronnée qui serpente dans la gorge avec le ballet incessant des camions de la carrière, on débarque sur un chemin qui monte quasiment à la verticale, en tout cas c’est notre impression. Nous sommes chargés de nourriture, c’est la première piste qu’on fait, et en plus elle est horriblement pentue. Impossible de pédaler, il faut pousser, et ce sur plusieurs kilomètres.

Quand on s’arrête pour souffler les wallabies nous narguent et sautent avec facilité entre les rangs de vigne qui bordent le chemin.

Une fois que le chemin fermier est devenu piste forestière contre les incendies les montées sont encore plus difficiles, avec les cailloux qui roulent sous les pieds et les roues. Même les descentes sont lentes. Mais finalement on atteint une intersection avec le Heysen Trail, le sentier de randonnée de 1.200 km qui part de Cape Jarvis et rejoint Parachilna Gorge dans les Flinders Ranges, et on s’arrête là pour la nuit à côté de vieilles ruines.

Après quelques nouvelles montées et descentes difficiles on atteint le point le plus haut et finalement c’est une longue descente qui nous attend. Puis nous traversons des forêts de pins, des pistes VTT, et enfin retrouvons des routes de gravier plus faciles à négocier, même si ça continue à monter et descendre régulièrement.

Les seules difficultés seront les dispositifs anti-moto à l’entrée de Mt Crawford Forest Reserve, qui sont aussi anti-vélo chargés, vu les efforts qu’il faudra déployer pour porter les vélos par dessus ces ***** de rondins de bois.

Sur les jours suivants nous traverserons des paysages aux accents irlandais, avec des collines toutes rondes recouvertes d’herbe verte et de moutons, d’immenses champs qui s’étendent à perte de vue, des routes de gravier où ceux-ci roulent sous les pneus et rendent la progression difficile et des chemins de terre rouge perdus au milieu de la campagne du South Australia. Et toujours des wallabies, tous les jours, qui se promènent dans les forêts, les prés, les bords de route.

Finalement nous atteignons Riverton où une piste cyclable qui emprunte le tracé d’une ancienne ligne de chemin de fer nous attend pour nous emmener jusqu’à Clare, c’est le Rattler Trail, suivi par le Riesling Trail. Comme le nom l’indique nous sommes au plein cœur des régions viticoles de l’Australie méridionale. Où les vignes s’étendent sur des kilomètres, où les cuves de vin sont plus énormes que des cuves à mazout, où les touristes se pressent pour des dégustations, et où le paysage est lassant et répétitif. Vignes, champs, moutons. Vignes, champs, moutons, et cela jusqu’à l’infini. Si on est venus en Australie ce n’est pas pour voir la même chose qu’en Bourgogne !

Heureusement on quitte finalement les vignes après Clare et le dernier supermarché sur notre itinéraire, le dernier avant 2.300 kilomètres et Alice Springs, où on s’empresse d’acheter plein de bouffe et du bon cidre à la poire. Et le paysage redevient moutonneux, et ondulant de colline en colline. Pendant plusieurs journées on ne croise quasiment personne, le paysage est reposant, même si le pédalage est parfois un peu difficile à devoir grimper à travers les prés.

Puis c’est la pluie qui nous rejoint pour une nuit, puis s’arrête au petit matin, laissant les chemins encore relativement secs, nous permettant d’avancer sur le Mawson Trail sans trop de boue.

Nous nous arrêtons à Burra, après 6 jours de Mawson Trail et 6 jours sans douche nous prenons un emplacement au camping local, pour se laver, et profiter de la cuisine commune pour faire des crêpes et fêter l’anniversaire d’Anne qui reçoit son cadeau, un carnet annoté de petits mots et photos de ses ami-e-s et de sa famille, les larmes aux yeux, une cuillère de nutella dans la main.

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2015-08-13T04:58:00+02:00
https://detours.journalintime.com/J8-a-J12-Une-petite-balade-dans-les-montagnes-du-Victoria J+8 à J+12 — Une petite balade dans les montagnes du Victoria Voici quelques jours que nous sommes sur Melbourne, le train pour Adelaide est réservé pour le 2 juin, et en attendant d'aller prendre le train on s'est dit qu'on allait se promener un peu dans le coin, on est donc partis pour 5 jours dans les montagnes du Victoria, à l'est de Melbourne. Le parcours choisi nous mènera de Lilydale, à une heure de train du centre de Melbourne, et le long d'un rail trail (ancienne voie ferrée recyclée en piste cyclable) jusqu'à Warburton, une petite bourgade pittoresque au pied des Yarra Ranges et de Mt Donna Buang, la montagne la plus proche de Voici quelques jours que nous sommes sur Melbourne, le train pour Adelaide est réservé pour le 2 juin, et en attendant d’aller prendre le train on s’est dit qu’on allait se promener un peu dans le coin, on est donc partis pour 5 jours dans les montagnes du Victoria, à l’est de Melbourne.

Le parcours choisi nous mènera de Lilydale, à une heure de train du centre de Melbourne, et le long d’un rail trail (ancienne voie ferrée recyclée en piste cyclable) jusqu’à Warburton, une petite bourgade pittoresque au pied des Yarra Ranges et de Mt Donna Buang, la montagne la plus proche de Melbourne qui reçoit de la neige en hiver.

Aujourd’hui pas de neige, le temps est menaçant mais pas de pluie. Après avoir parcouru le trail de 40 km on pédale quelques kilomètres de plus jusqu’à Big Pats Creek où un camping gratuit nous attend dans la forêt pluviale. Il fait humide mais c’est superbe, et l’odeur des eucalyptus est particulièrement agréable. On plante la tente au pied d’un eucalyptus géant et à la dernière sardine il fait déjà nuit. Et oui, ici c’est l’hiver, la nuit tombe à 17h.

Le lendemain nous partons pour la journée la plus difficile, avec 650 mètres d’ascension sur Mt Donna Buang Rd, sur quelques kilomètres seulement. Ça grimpe en lacets sur cette route de montagne mais le trafic est léger, peu de voitures aujourd’hui, une dizaine dans les deux heures qu’il nous faudra pour grimper, et même pour pousser sur la fin pour moi, au bout d’un moment mes jambes ne suivent plus !

Nous redescendons par la Acheron Way, une dirt road étroite et superbe qui serpente dans la forêt et descend pendant des kilomètres et des kilomètres. Nous ne croisons que deux voitures. Les arbres sont littéralement gigantesques, et nous nous retrouvons rapidement isolés dans la forêt profonde des Yarra Ranges, où l’odeur d’eucalyptus est si forte qu’on la méprend pour celle de la marijuana.

On rejoint la forêt municipale de Marysville après une nouvelle ascension de 300 mètres et on arrive au camping d’Anderson Mill, sur le tracé du Bicentennial National Trail, ce sentier de randonnée VTT/pédestre/équestre qui suit la cordillère australienne sur plus de 5.300 kilomètres, depuis le Victoria et la proche Healesville jusqu’à Cooktown dans le Queensland. Ce qui explique la présence de paddocks pour les chevaux sur le camping. Ah décidément ces australiens ont le sens du pratique !

Après une nouvelle nuit légèrement pluvieuse on rejoint Marysville et on décide d’éviter une nouvelle ascension de 600 mètres pour traverser le parc national de Cathedral Range par les pistes 4x4 et on fait plutôt le tour du parc national par la route pour arriver à un endroit de bush camping.

Le lendemain on change un peu la routine pour aller se promener dans le parc et faire un tour de la crête sud de la montagne par Sugarloaf Peak. Parcours déjà réalisé lors de notre précédente visite il y a deux ans. Mais aujourd’hui nous changeons un détail, au lieu de prendre Canyon Track, une montée assez raide avec un peu d’escalade dans les rochers on tente Wells Cave Track, un sentier indiqué comme seulement pour les grimpeurs expérimentés. Ça commence par grimper dans les rochers, on fait un peu d’escalade, et rapidement on arrive aux passages les plus difficiles. Une paroi d’une quinzaine de mètres à escalader à mains nues. Pas difficile, et pas complètement raide, mais un peu impressionnant une fois en haut quand même.

Puis c’est la grotte de Wells, avec un passage long et étroit, coincé entre deux plaques rocheuses, une vraie crevasse en fait, où nous devons progresser dans l’obscurité, et devons traîner les sac à dos derrière nous, car le passage est trop étroit pour garder les sacs sur le dos. Le passage ressemble beaucoup à de la progression en spéléo, mais après tout c’est une grotte ! Ce n’est pas difficile mais très impressionnant, et surtout superbe.

Et enfin un passage délicat où on se demande bien si on ne s’est pas trompés tellement ça semble difficile pour un sentier de rando. On a le choix entre grimper dans une cheminée étroite ou il faut se passer les sacs (et pousser dessus pour ne pas qu’ils restent coincés) ou faire un peu d’escalade sur une paroi légèrement exposée vu qu’on est près du sommet. On préfère la cheminée, mais ce n’est pas évident quand même. On arrive au sommet après 1h15 de grimpe (pour 1 km parcouru !), au lieu des 45 minutes indiqués sur le panneau. Un sentier difficile mais vraiment très amusant ! Et ça valait le coup…

Il ne reste plus qu’à parcourir le passionnant mais épuisant sentier de la crête, où il faut sauter de rocher en rocher pendant une heure et demie et rejoindre Farmyard, où une collation bien méritée est prise dans le calme et la solitude de ce coin isolé de bush camping.

Il ne reste plus qu’à redescendre la montagne par un chemin où des bénévoles ont placé des pierres pour former un (très très) long escalier qui imprimera des souvenirs dans mes cuisses pendants plusieurs jours. La prochaine fois je descendrais peut-être moins vite car les courbatures qui ont suivi étaient plutôt douloureuses…

Au pied de la montagne nous rencontrons quelques wallabies qui semblent peu dérangés par notre présence.

Après quelques kilomètres pour quitter le parc et rejoindre un camping sauvage on passe une nuit encore pluvieuse après une journée partiellement ensoleillée mais fraîche.

Le lendemain nous rejoignons la ville d’Alexandra et le rail trail qui va jusqu’à Tallarook, que nous rejoindrons en deux jours avant de reprendre le train pour Melbourne.

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2015-06-01T14:14:42+02:00