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Stuart Highway, partie 2 — De Henbury Meteorite Crater à Alice Springs

Sortir des sentiers battus c’est une expression certes, mais aussi une réalité quand on décide de couper à travers la brousse là où aucune route, aucun sentier, panneau, pancarte ou direction n’indique où aller. C’est une activité qu’on apprécie tous les deux, et on hésite rarement à enjamber une clôture pour aller se promener n’importe où, pourvu que ça ait l’air chouette. Cela ne fait pas de nous des aventuriers, nous ne savons ni lire une boussole ni nous situer sur une carte. Mais on a un téléphone qui fait GPS, magie de la modernité.

Alors ce matin on décide de sauter la barrière et aller prendre un peu de hauteur en grimpant en haut de la crête qui surplombe les cratères de Henbury. Difficile de dire que c’était une grande aventure, une poignée de kilomètres pour atteindre le sommet de la seule chaîne de montagne au milieu d’une plaine immense, la visibilité est excellente, il serait impossible de se perdre ici à moins de parcourir au moins cinquante kilomètres.

De là-haut, un lieu qui ne doit voir passer qu’une poignée d’humains par siècle, on peut admirer des paysages qui resteront éternellement inconnus à ceux qui se contentent de passer rapidement en 4x4. C’est simplement magnifique, dans toutes les directions. Ce sont ces paysages qui représentent le plus l’Australie centrale à mon sens, des chaînes de montagnes qui s’étendent sur des centaines de kilomètres. Dont la plupart ne sont connues et fréquentées que par les aborigènes. Ces montagnes aujourd’hui ne font que quelques centaines de mètres d’altitude, mais elles sont dix fois plus anciennes que l’Himalaya et furent bien plus hautes. Et ce n’est rien par rapport aux montagnes autour de Karijini dans le Pilbara, âgées de deux millards d’années ! Et dire qu’il y en a encore pour croire que la Terre a été créée il y a 6000 ans, quelle tristesse.

Et justement en repartant d’Henbury et après une vingtaine de kilomètres nous rejoignons une aire de repos au bord du lit à sec de la Finke River, la plus ancienne rivière du monde. Plus de 350 millions d’années ! Et même si depuis 30 millions d’années l’eau ne coule plus que lors de rares pluies torrentielles, elle reste majestueuse, dans ses méandres et ses nombreuses gorges, jusqu’à disparaître au milieu du Simpson Desert, où avant se tenait une large mer intérieure.

Il nous faudra encore trois jours pour atteindre Alice Springs, après plus de 3.000 kilomètres pédalés. Entre vent de biais et vent de face la progression ne sera pas tous les jours facile, mais nous commençons à nous rapprocher de la civilisation, et nous profitons de la station service de Stuarts Well pour prendre burgers de chameau et de crocodile. À un moment nous passons devant une plaque à la mémoire de quatre morts victimes d’une épreuve de cannonball, un « noble sport » selon la plaque. Nous n’apprendrons que plus tard ce qu’est le cannonball : des courses sauvages (illégales) de voitures sur les routes ouvertes, créées afin de démontrer la « stupidité » de limiter la vitesse des voitures sur les routes. Ironiquement les deux pilotes et deux organisateurs sont morts à cause d’une vitesse excessive. Démontrant par là l’utilité de limiter la vitesse sur route. Moi je dis rien mais je pense que ces mecs-là mériteraient de figurer aux Darwin Awards, récompensant les personnes mortes à la suite d’un comportement particulièrement stupide…

Plus nous nous rapprochons d’Alice Spings et plus le trafic augmente. Nous finissons par traverser Heavitree Gap, seul accès à la ville à travers la chaîne de montagne. Ce col de 500 mètres de large doit faire passer la Todd River (heureusement à sec la plupart du temps), mais aussi la voie ferrée et l’autoroute et son flux incessant de voitures et camions, autant dire que pour les piétons le trottoir n’est pas très agréable, mais heureusement il existe.

Nous sommes accueillis chaleureusement par Jayne et Steve qui nous hébergeront une semaine, le temps de bien se reposer avant de partir explorer les West MacDonnell Ranges.